La salve d’applaudissements nourris et les vivats ayant accompagné la montée sur scène de cet artiste ô combien attachant, en dit long sur la popularité de Kamatcho et sur la place qu’il occupe dans le cœur de tous ceux qui l’ont découvert il y a plus de 46 ans, sur le petit écran, dans le film "Kahla Ou Beida" d’Abderrahmane Bouguermouh.
Généralement confiné à des seconds rôles, campant généralement des personnages d’arrière-plan, Nori Rouikem parvenait, de par sa forte présence et sa personnalité à ravir la vedette aux stars.
Avec son physique particulier, son regard malicieux, combiné à un sens de la répartie hors-pair, il irradiait une joie communicative. Rien, pourtant, ne semblait prédestiner ce personnage très attachant à une carrière sur les planches d’un théâtre ou devant une caméra de télévision.
Adolescent, il menait une vie tranquille et discrète, passant le plus clair de son temps dans son quartier de "Tandja" (nom donné à la cité Yahiaoui de Sétif, la plus populaire de la ville) au milieu de ses copains, discutant des sujets les plus en vogue : le football et l’Entente de Sétif.
Cependant, ces réunions d’El Houma, Kamatcho les entrecoupait de plus en plus souvent de virées à la Maison de la culture Houari-Boumediene où il s’adonnait à son autre passion, juste après le football : le théâtre.
Régulièrement sollicité par ses amis comédiens et metteurs en scène, en particulier le monologuiste Tewfik Mezaâche, surtout connu pour ses one man shows ("Lemfartas", "Fordja" et "Moins 5"), Kamatcho participe régulièrement à des pièces de théâtre produites à Sétif et voyage aux quatre coins du pays dans le cadre de tournées.
C’est Mezaâche qui, le premier, donnera sa chance à Kamatcho en lui confiant un rôle dans une pièce écrite par lui-même, intitulée "El harragoua Es Sarrab".
Kamatcho entre ainsi de plain-pied dans une carrière de comédien- amateur de plus en plus demandé.
Sa carrière d’acteur de théâtre reste toutefois modeste, pour ne pas dire confidentielle jusqu’à cette fraîche après-midi du printemps 1979.
Ce jour-là, se souvient Kamatcho, "je me trouvais au quartier, avec mes copains habituels, lorsqu’une voiture immatriculée 16, stoppa à ma hauteur, et un monsieur que je ne connaissais pas, à l’époque, en descendit et se dirigea vers moi".
Il s’agissait, en fait, poursuit-il, du regretté Abderrahmane Bouguermouh qui venait d’effectuer des repérages à Sétif en vue du tournage du fameux "Kahla oua Beïda", le téléfilm qui allait défrayer la chronique à sa sortie en 1980 et donc chaque rediffusion par la télévision nationale constitue jusqu’à aujourd’hui l’événement du jour dans la capitale des Hauts plateaux.
"Bouguermouh m’a d’abord sondé pour voir si j’accepterais un rôle dans son film", se souvient-il avant d’enchaîner: "Vous parlez si j’allais accepter !"Abderrahmane Bouguermouh confia alors à Kamatcho une copie du scenario avant de lui fixer rendez-vous pour le lendemain au café "Chez Ali", non loin de la fontaine d’Ain Fouara où allait être donné, quelques jours plus tard, le premier tour de manivelle de "Kahla oua Beida".
.. Et c’était parti !
Kamatcho, qui gardera ce surnom dans le film (un sobriquet qui lui avait été collé par Nabil Zaghlaoui, ancien footballeur de l’Entente aujourd’hui établi en Tunisie) avoue avoir été quelque peu "intimidé", au début, en prenant connaissance du casting du film.
Cette œuvre d’Abderrahmane Bouguermouh met en vedette, en effet, une brochette de comédiens parmi les plus célèbres du cinéma algérien.
"Vous vous rendez compte? Moi qui ne m’étais jamais tenu devant une caméra j’allais jouer sous la direction d’Abderrahmane Bouguermouh aux côtés de Chafia Boudraâ, Sid-Ahmed Agoumi, Ahmed Benaïssa, Kaci Ksentini, El Amine Benmaâmar et autres. C’était un rêve que je vivais les yeux grands ouverts et auquel j’avais du mal à croire", raconte Kamatcho, les yeux pétillants.
Toutefois, l’effet de surprise s’estompant, Nori Rouikem, aujourd’hui âgé de près de 64 ans, tint parfaitement son rôle aux côtés de stars qu’il adulait, poussant même, pour les besoins du film, la chansonnette en interprétant "Sbart sbart", un classique de la musique Staïfie qui figurera parmi les moments les plus émouvants du film de Bouguermouh.
Cette toute première expérience de Kamatcho devant la caméra, même s’il n’était pas l’acteur principal de "Kahla oua Beida", lui a tracé une voie d’acteur à part entière puisqu’il est régulièrement distribué dans des téléfilms et autres sitcoms produits par la télévision algérienne.
Prenant à cœur les rôles qui lui sont confiés, Kamatcho, parrainé par son ami de toujours Lamri Kaouane –un autre comédien de grand talent– fait partie des "chouchous" de nombreux réalisateurs algériens qui lui confient, encore aujourd’hui, des rôles dans des séries télévisées familiales diffusées en général durant les veillées du mois sacré de Ramadhan.
Véritable enfant du quartier "Tandja", Nori a gravi les échelons du spectacle jusqu’aux studios de la télévision algérienne, marquant de son empreinte l’aventure de "Kahla ou Beida".
Rares sont ceux qui réussissent à vivre pleinement de leur art, mais lui a su à faire de sa passion le moteur d’une vie professionnelle réussie.




















