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PLF 2027 : Entre préservation du pouvoir d'achat et accélération des réformes économiques en Algérie

PLF 2027 : Entre préservation du pouvoir d'achat et accélération des réformes économiques en Algérie

  • Le projet de loi de finances 2027 intègre la revalorisation des salaires de la fonction publique pour protéger la demande des ménages.
  • Aucun nouvel impôt lourd n'est introduit pour les ménages, ce qui constitue un choix rassurant pour la consommation intérieure.
  • Un écart arithmétique de 8 000,5 milliards de dinars apparaît entre les dépenses et les prévisions de recettes du budget.
  • La réforme du système bancaire et financier est jugée urgente pour mieux orienter l'épargne vers l'investissement productif.
  • La lutte contre l'économie informelle et la diversification de la base productive nationale restent des chantiers incontournables.

Pour autant, une politique budgétaire ambitieuse ne peut produire tous ses effets sans une accélération des réformes structurelles. Le véritable défi consiste désormais à faire en sorte que l’effort public stimule davantage la production nationale, l’emploi et les ressources durables du pays.

Une priorité sociale affirmée et globalement bienvenue

Le premier signal fort du PLF 2027 réside dans l’intégration des revalorisations des salaires et traitements dans la fonction publique. En effet, soutenir les revenus des travailleurs contribue à protéger la demande des ménages, à amortir l’effet de la hausse des prix et à préserver la cohésion sociale.

De même, la volonté annoncée de ne pas introduire de nouvel impôt lourd affectant directement les ménages constitue, à mon sens, un choix rassurant pour les familles et pour la consommation intérieure.

Par ailleurs, l’examen des pensions de retraite et l’aménagement envisagé des conditions de l’allocation chômage montrent que la question sociale ne se limite pas aux agents en activité.

Ces orientations doivent toutefois être distinguées des mesures définitivement arrêtées : les modalités, les montants et les calendriers restent à apprécier à la lecture du texte officiel.

Je pense également que l’efficacité de ces décisions dépendra de leur articulation avec les politiques de maîtrise de l’inflation, d’accès au logement, de santé et d’éducation. Une revalorisation nominale ne suffit pas, à elle seule, à garantir une progression durable du niveau de vie.

L’investissement productif, deuxième pilier de la stratégie

Au-delà de la dimension sociale, le projet souligne la poursuite de l’accompagnement de l’investissement productif et la simplification des procédures administratives et fiscales. La perspective de mise en service du Guichet unique de l’investissement va dans le bon sens.

En effet, les entreprises ont besoin d’un cadre lisible, de délais raccourcis et d’une administration orientée vers l’aboutissement des projets plutôt que vers la multiplication des formalités.

En outre, les investissements annoncés dans les infrastructures et l’aménagement du territoire peuvent contribuer à réduire les coûts logistiques, à renforcer les échanges entre régions et à améliorer la compétitivité. L’effort en faveur de l’éducation et de la santé doit également être considéré comme un investissement dans le capital humain.

À mon avis, la priorité doit désormais porter sur la qualité de l’exécution : disponibilité du foncier, raccordements, accès au financement, délais de réalisation et évaluation des retombées sur l’emploi et les exportations.

Des équilibres budgétaires qui appellent à la vigilance

Les chiffres communiqués font apparaître un écart arithmétique de 8 000,5 milliards de dinars entre les dépenses et les recettes prévues, soit environ 15,1 % du PIB nominal projeté de 53 122 milliards de dinars. Les recettes ne couvriraient ainsi qu’environ 53,6% des dépenses.

Cet écart met en lumière l’ampleur des besoins de financement, même s’il ne doit pas être assimilé automatiquement au solde budgétaire officiel, dont le périmètre et la présentation doivent être vérifiés dans les documents du PLF.

Il ne serait toutefois pas pertinent de réduire l’appréciation du budget à ce seul écart. En effet, une dépense publique peut être économiquement justifiée lorsqu’elle protège les catégories vulnérables, soutient la demande ou finance des équipements capables d’améliorer durablement la productivité.

En revanche, la répétition de déséquilibres importants appelle une discipline renforcée, une programmation pluriannuelle crédible et une sélection plus exigeante des investissements. Je considère qu’il faut préserver la vocation sociale de l’État tout en améliorant le rendement économique de chaque dinar engagé.

Approfondir la réforme bancaire et financière : une urgence économique

C’est sans doute sur le terrain du financement de l’économie que de nouvelles avancées pourraient produire les effets les plus décisifs. À mon avis, il est nécessaire d’approfondir la réforme du système bancaire et financier afin de mieux orienter l’épargne vers l’investissement productif.

Cela suppose de moderniser l’analyse du risque, d’accélérer les décisions de crédit, de développer les paiements électroniques et d’améliorer l’accès des PME aux financements adaptés à leurs cycles d’activité.

Parallèlement, la diversification des instruments financiers mérite d’être encouragée : crédit-bail, capital-investissement, garanties ciblées, financement de l’innovation et développement progressif du marché des capitaux.

Une meilleure concurrence dans les services financiers, encadrée par une supervision prudente, pourrait également accroître la qualité de l’intermédiation. En somme, l’investissement ne dépend pas uniquement des avantages fiscaux : il exige un système de financement efficace, transparent et accessible.

Réduire le poids de l’informel et élargir les ressources fiscales

La lutte contre l’économie informelle constitue un autre chantier incontournable. En effet, l’informalité réduit la traçabilité des transactions, fragilise la concurrence entre opérateurs et limite le potentiel de recettes fiscales hors hydrocarbures. Il ne s’agit cependant pas seulement de renforcer les contrôles.

Je pense qu’une stratégie durable doit aussi rendre la formalisation plus simple et plus attractive : procédures allégées, coûts administratifs réduits, solutions de paiement accessibles, fiscalité proportionnée et accompagnement des très petites entreprises.

Par ailleurs, la numérisation des administrations fiscale, douanière et commerciale, ainsi que l’interopérabilité de leurs systèmes, peuvent améliorer le recouvrement sans relever mécaniquement les taux d’imposition.

La prévisibilité des règles fiscales doit rester une priorité. Une fiscalité stable et compréhensible favorise davantage l’investissement qu’une succession de dispositifs ponctuels et difficiles à appliquer.

Poursuivre résolument la diversification de l’économie

Enfin, la meilleure réponse de moyen terme aux tensions budgétaires reste l’élargissement de la base productive nationale. La stratégie de diversification doit être poursuivie avec constance dans l’industrie, l’agroalimentaire, les services numériques, les mines, le tourisme et les énergies renouvelables, tout en renforçant les capacités d’exportation hors hydrocarbures. À cet égard, l’amélioration des infrastructures logistiques et la facilitation du commerce extérieur sont essentielles.

Je suis convaincu que cette stratégie gagnerait à s’appuyer sur quelques indicateurs simples et régulièrement publiés : nombre de projets réellement entrés en production, emplois durables créés, contenu local, progression des exportations hors hydrocarbures et contribution des entreprises privées à la valeur ajoutée.

En effet, la réussite d’une politique économique ne se mesure pas seulement aux enveloppes inscrites au budget, mais aux résultats tangibles obtenus sur le terrain.

Faire du PLF 2027 un levier de confiance et d’efficacité

En définitive, les orientations présentées pour 2027 adressent un message positif : la protection du pouvoir d’achat et la continuité de l’effort social restent au cœur des choix publics, tandis que l’investissement et les infrastructures conservent une place importante. Il convient de valoriser cet engagement, notamment dans sa dimension de stabilité sociale et de soutien à l’activité.

Toutefois, cette ambition gagnera en portée si elle s’accompagne d’une réforme plus profonde du financement de l’économie, d’un recul progressif de l’informel, d’une meilleure efficacité des dépenses et d’une diversification productive accélérée.

À mon avis, l’enjeu de 2027 est précisément de transformer un budget de soutien et d’investissement en un véritable levier de croissance autonome, d’emplois et de prospérité partagée.

Conclusion : consolider les acquis sociaux et accélérer les réformes

Au regard des orientations annoncées, je considère que le projet de loi de finances 2027 traduit une volonté appréciable de préserver la dimension sociale de l’État, sans renoncer à soutenir l’investissement et l’activité économique.

En effet, la prise en compte des revalorisations salariales, l’attention accordée aux retraites et à l’allocation chômage, ainsi que la volonté de ne pas alourdir sensiblement la fiscalité des ménages, constituent des signaux favorables pour le pouvoir d’achat et la confiance des citoyens. Ces décisions méritent d’être saluées, car la stabilité sociale participe elle-même à la stabilité économique.

Pour autant, les chiffres budgétaires appellent à la vigilance. L’écart entre les dépenses prévues et les recettes annoncées rappelle que les ambitions sociales et productives doivent reposer, à terme, sur des ressources plus diversifiées et plus durables.

À mon avis, il ne s’agit pas d’opposer solidarité et rigueur : la priorité est plutôt de mieux orienter la dépense publique, d’évaluer les résultats des investissements et de renforcer progressivement la mobilisation des recettes hors hydrocarbures.

Par ailleurs, l’approfondissement de la réforme bancaire et financière me paraît décisif. Un accès plus fluide au crédit pour les PME, des instruments de financement adaptés à l’investissement, le développement des paiements électroniques et la modernisation des marchés financiers contribueraient à transformer davantage l’épargne en projets créateurs d’emplois.

Dans le même esprit, la lutte contre l’économie informelle doit associer contrôles efficaces, procédures simplifiées et incitations concrètes à la formalisation, afin d’élargir l’assiette fiscale sans peser davantage sur les acteurs qui respectent déjà leurs obligations.

Enfin, je pense que la poursuite résolue de la diversification économique demeure la condition essentielle d’un modèle de croissance moins vulnérable aux fluctuations des hydrocarbures. Industrie, agriculture, services à forte valeur ajoutée, numérique et exportations hors hydrocarbures doivent bénéficier d’un environnement plus prévisible et de mécanismes de suivi transparents.

Ainsi, le PLF 2027 peut constituer une étape utile : sa réussite se mesurera non seulement à la protection immédiate des revenus, mais aussi à sa capacité à stimuler la production nationale, l’emploi durable et la solidité des finances publiques.

M. B.

Source : Ecotimes

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