A l’approche de l’échéance du 31 octobre au Conseil de sécurité de l’ONU, l’Algérie réitère son attachement à une solution politique juste et définitive au Sahara occidental. Le chef de la diplomatie, Ahmed Attaf, met en garde contre toute tentative de réduire le conflit à une question humanitaire, tandis que des députés algériens appellent les Nations unies à assumer leurs responsabilités en matière de décolonisation.
Par Meriem B.
Alger réaffirme que le règlement du conflit doit impérativement reposer sur le droit du peuple sahraoui à l’autodétermination. Une position défendue par le ministre des Affaires étrangères, Ahmed Attaf, et relayée par des députés de l’Assemblée populaire nationale (APN) devant la Quatrième Commission de l’ONU, chargée des questions politiques spéciales et de la décolonisation. A l’occasion de la Journée de la diplomatie, célébrée jeudi, Ahmed Attaf a exprimé la préoccupation des autorités algériennes face aux tentatives visant, selon lui, à modifier la nature du dossier sahraoui. «L’Algérie suit avec beaucoup d’étonnement, mêlé à une préoccupation légitime, les tentatives visant à détourner la question du Sahara occidental de son essence», a-t-il déclaré, dénonçant une approche qui tendrait à réduire ce conflit à une simple question de réfugiés. Pour le chef de la diplomatie algérienne, la dimension humanitaire ne saurait occulter la question fondamentale du statut du territoire et du droit de son peuple à décider librement de son avenir. Il a ainsi qualifié les réfugiés sahraouis de «dépositaires d’une cause juste et les défenseurs d’un droit originel à l’autodétermination». Au-delà de cette mise en garde, Ahmed Attaf a appelé au respect de la légalité internationale et des principes des Nations unies en matière de décolonisation. Il a notamment dénoncé toute démarche susceptible, selon lui, de contourner le droit international, d’écarter le droit à l’autodétermination et de consacrer un fait accompli au Sahara occidental. Réaffirmant la volonté de l’Algérie de contribuer à une issue politique au conflit, Ahmed Attaf a rappelé qu’Alger s’était engagée, au début de l’année, dans une démarche visant à favoriser l’élaboration d’une solution durable et juste. Le ministre a également exposé les quatre principes devant, selon lui, guider tout règlement définitif du dossier sahraoui. La solution recherchée doit, premièrement, mettre fin au conflit. Elle doit, deuxièmement, rendre justice au peuple du Sahara occidental, notamment en garantissant son droit à l’autodétermination. Troisièmement, elle doit préserver la crédibilité des Nations unies et leur rôle dans le règlement des questions de décolonisation. Enfin, elle doit renforcer la sécurité, la stabilité et l’intégration régionale, afin de répondre aux aspirations des peuples du Maghreb au développement et au bien-être. Pour la diplomatie algérienne, ces exigences sont indissociables. Une solution ne saurait être considérée comme définitive si elle ne règle pas le différend tout en garantissant les droits du peuple sahraoui et en contribuant à la stabilité régionale.
Les députés algériens interpellent les Nations unies
La position défendue par Ahmed Attaf trouve un écho au sein de l’Assemblée populaire nationale. Lors des travaux de la Quatrième Commission de l’ONU, des députés algériens ont appelé les Nations unies à assumer leurs responsabilités juridiques et historiques pour permettre au peuple sahraoui d’exercer son droit à l’autodétermination. Le député Smail Debeche a rappelé que le Sahara occidental figure depuis 1963 sur la liste des territoires non autonomes des Nations unies. Il a estimé que le processus de décolonisation demeurait inachevé et que l’avenir du territoire devait être déterminé conformément à la volonté de sa population. L’intervenant a également évoqué l’accord de Madrid du 14 novembre 1975, affirmant que celui-ci n’avait pas conféré au Maroc de souveraineté juridique sur le Sahara occidental. Il a, par ailleurs, soulevé la question des droits de l’homme et des restrictions imposées aux libertés et aux activités des défenseurs des droits humains dans le territoire. De son côté, la députée Fatima-Zohra Bensafi a insisté sur la nature du conflit, qu’elle considère comme une question de décolonisation plutôt que comme un simple différend régional ou frontalier. Elle a rappelé la responsabilité de l’ONU dans la garantie du droit du peuple sahraoui à choisir librement son avenir. Elle a également évoqué la résolution 2797 du Conseil de sécurité, en soulignant l’importance de préserver le droit à l’autodétermination dans le cadre du règlement politique. Elle a plaidé pour le maintien de la Mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental (Minurso) et pour la poursuite des efforts de l’envoyé personnel du Secrétaire général de l’ONU. La question des ressources naturelles du Sahara occidental a également été soulevée lors des interventions des parlementaires. Le député Mouloud Habnassi a dénoncé l’exploitation des richesses du territoire en l’absence d’un règlement définitif de son statut juridique. Il a notamment attiré l’attention sur l’augmentation des exportations de phosphate provenant du Sahara occidental et rappelé les arrêts rendus le 4 octobre 2024 par la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE). Le parlementaire a appelé les États et les entreprises à respecter le statut du territoire, à renforcer la transparence concernant les bénéficiaires de ses ressources et à garantir la prise en compte des droits du peuple sahraoui. Pour sa part, le député Bahmani Rai Kacem a estimé qu’il était temps d’achever le processus de décolonisation au Sahara occidental, en permettant au peuple sahraoui d’exercer son droit à l’autodétermination et de décider librement de son avenir.
M. B.



















