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Procès des anciens présidents de la Fédération algérienne de football

Procès des anciens présidents de la Fédération algérienne de football

  • Kheireddine Zetchi, Charaf-Eddine Amara et Djahid Zefizef ont comparu devant lepôle pénal économique et financier.
  • Le parquet a requis contre chacun des trois anciens présidents une peinede 10 ans de prison ferme.
  • Kheireddine Zetchi a longuement défendu le contrat de sponsoring signé avecl'équipementier Adidas en 2019.
  • Le procès aborde également la situation du manager de la sélection Amine Labdiet l'hébergement à l'hôtel Tazrout.
  • Les défendeurs ont soutenu qu'ils étaient bénévoles, qu'ils ne géraient pasl'argent et qu'ils ont respecté les statuts.

Kheireddine Zetchi, Charaf-Eddine Amara et Djahid Zefizef se sont succédé à la tête de la Fédération entre 2017 et 2023. Devant la deuxième chambre du pôle pénal économique et financier près le tribunal de Sidi M’hamed, à Alger, ils ont défendu la même ligne : bénévoles, ils ne géraient pas l’argent et ont respecté les statuts. Jeudi 15 octobre, le parquet a requis contre chacun d’eux 10 ans de prison ferme. (DEUXIEME PARTIE)

Adidas : sponsoring ou achat ?

C’est le dossier de Zetchi, et il l’a plaidé longuement. Selon lui, le contrat signé le 31 janvier 2019 a été présenté à l’opinion comme l’achat de maillots pour 1,92 million d’euros par an. « Il n’est pas sorti un dinar pour acheter ne serait-ce qu’un maillot. » Il s’agit d’un sponsoring : une dotation annuelle de 1,92 million d’euros en équipements, plus 2 000 ballons par an pendant quatre ans et des royalties. En échange, la sélection porte la marque et cède ses droits d’image collectifs. Il raconte la genèse. À son arrivée, la FAF dépendait d’un distributeur basé à Dubaï, pour 700 000 dollars par an, avec des retards de livraison et une qualité médiocre. La maison-mère, alertée, a donné raison à la FAF et accepté de conclure directement. Le montant a presque triplé et le maillot est devenu personnalisé, vendu entre 120 et 150 euros, jusqu’à la rupture de stock après la CAN 2019. Les litiges, auparavant soumis au droit suisse, sont désormais du ressort des tribunaux algériens, une exigence que la nouvelle fédération a introduite dans le nouveau contrat.

Le contrat a été signé à Paris, « et rien ne l’interdit » : Adidas France offrait un impact publicitaire fort, notamment auprès de la diaspora. La négociation a été menée par une commission de deux personnes, Hakim Medane et Abdelghani Nekkache. Aucune approbation du bureau fédéral n’était requise, souligne- t-il, comme pour les autres contrats de sponsoring, dont celui de Mobilis. Selon l’expertise, le contrat a été exécuté à 90 %, et les royalties ont été versées en 2023. Les commandes non consommées étaient reportées sur l’année suivante. À la fin de son mandat, il dit avoir laissé un stock de 210 millions de dinars, confirmé par la comptabilité. La suite du contrat revenait à ses successeurs. Zefizef se dit étranger à ce contrat. La société française S2F avait selon lui un mandat officiel de distributeur auprès des fédérations. Le parquet, lui, pointe des acquisitions « hors de tout accord » lors de la CAN 2022, et des recettes perçues à 8 % au lieu des 10 % prévus.

Le manager, un poste en procès

Le parquet vise Amine Labdi, manager de la sélection. Il a perçu deux primes, l’une de 2 millions de dinars pour la CAN 2019 en Égypte, l’autre de 2,5 millions pour le sacre en Coupe arabe de la FIFA au Qatar en 2021. Son contrat, signé par Charaf-Eddine Amara, prévoyait 750 000 DA par mois. Selon l’accusation, son dossier administratif ne contenait qu’un permis de conduire et aucun impôt n’a été retenu. Le procureur précise que le problème n’est pas le montant du salaire, mais la création du poste et des paiements sans dossier complet. Zetchi défend le poste : aucune sélection ne peut s’en passer, et un manager étranger l’occupait déjà en 2003-2004, payé en devises. Hakim Medane, manager général, était bénévole, membre du bureau fédéral, et ne pouvait être à Alger tous les jours. Labdi, fort de quinze ans au Paradou, arrivait au centre deux jours avant chaque regroupement pour tout préparer. Quant à la prime de la CAN, elle a été décidée par le Premier ministre pour l’ensemble du staff : 70 % sont allés aux joueurs et au sélectionneur, le reste a été partagé équitablement.

Amara revendique sa décision. À son arrivée, le manager travaillait sans contrat, à la veille des éliminatoires de la CAN et de la Coupe du monde. Il lui a signé un contrat à 750 000 DA après en avoir parlé au sélectionneur, alors que le salaire d’un manager général dépasse selon lui 1,2 million, certains touchant jusqu’à 2,5 millions. La présidente lui rappelle que la désignation doit être validée par le bureau fédéral. « Quand je suis arrivé, Amine Labdi était déjà là, la relation de travail existait, il était là depuis 2017. Le coach était satisfait de lui et m’a demandé de régulariser la situation des différents staffs avant les grands rendez-vous à venir… Sans ça, je l’aurais régularisé, je n’accepte pas le travail sans contrat. On lui a donné son dû, voulez-vous que je lui vole ses droits ? » L’impôt non retenu ? Il ne pouvait pas le savoir. Le dossier vide ? Il évoque une « rétention de documents et d’informations », avant de rétorquer : « Ne me réduisez pas à un chef de bureau. » Et l’absence de dossier administratif d’Amine Labdi ? « C’est tout simplement impensable et impossible. On donne 750 000 DA par mois sans la moindre pièce ? Ce qu’a déclaré la FAF est juste impossible, tout le reste, ce sont des ouï-dire. » Fallait- il l’approbation du bureau fédéral ? Pour Amara, nullement : le recrutement relève aussi des prérogatives statutaires du président de la FAF.

Zefizef, lui, détaille les compétences attendues d’un manager (logistique, déplacements, convocations des joueurs) et précise que Labdi « a été nommé par Djamel Belmadi ». Labdi assure avoir déposé un dossier complet : « Sinon, comment auraient-ils mon numéro de compte ? La FAF dispose de tout mon dossier, y compris ma carte de groupage sanguin. » Il explique avoir travaillé sans salaire sous Zetchi, puis avec un contrat rétroactif sous Amara. Pour Mohamed Saad, le poste de manager « ne relève pas du bénévolat ».

Tazrout plutôt que Sidi Moussa

Selon le parquet, l’hébergement des membres du bureau fédéral à l’hôtel Tazrout Olympique a coûté 54 millions de dinars au Trésor, alors qu’ils auraient pu loger gratuitement au centre technique de Sidi Moussa. Impossible, selon Abdelghani Nekkache, ancien directeur de l’administration générale (juillet 2017 – avril 2021) : pas moins de 47 stages sont organisés chaque année à Sidi Moussa, le centre est donc occupé 47 semaines sur 52. Amara répond que le centre n’est « ni une résidence ni un hôtel » et qu’il était en travaux. Tazrout offrait un prix préférentiel.

Le centre technique dépend de la DTN, rappelle Zetchi, et un joueur comme Riyad Mahrez doit y retrouver sa chambre telle qu’il l’a laissée. L’ouvrir pour un seul membre suppose cuisinier, ménage et approvisionnement, sans les services d’un quatre- étoiles à proprement parler. Or certains membres viennent de Ouargla ou de Tamanrasset et passent des centaines de jours hors de chez eux. La nuit a été négociée à 9 000 DA dans un quatre-étoiles, avec des conventions similaires passées avec d’autres hôtels d’Alger, selon une procédure adaptée prévue par l’article 21 du manuel. Lors de l’ouverture du procès, l’avocat de Mohamed Saad avait présenté la facture annuelle 2022 de l’hôtel Olympic (Tazrout), d’un montant de 15 millions de dinars. Selon lui, les factures d’hébergement de la même année à Oran avoisinaient, elles, les 650 millions de dinars.

Le stock, des chiffres qui s’opposent

Le parquet relève un déficit de 65 millions de dinars en 2020 au magasin de la FAF, dû à des sorties d’équipements sans bons. Zetchi dit ne pas avoir de lien direct avec ce dossier, avec 120 employés sous la tutelle du DAG et du secrétaire général. Il explique la confusion par la bascule entre l’ancien logiciel de gestion et un ERP alors en phase de formation : les inventaires ont été établis sur l’ancien système. La première expertise ne disposait pas de tous les documents, et l’expertise complémentaire n’aurait trouvé aucun écart, selon lui. Il rappelle d’autre part que le bilan avait été établi sur la base des données de l’ancien système et que les comptes étaient justes, contrairement aux données de l’ERP, alors en cours de déploiement et de familiarisation du personnel. Il ajoute que le Covid n’a pas arrêté l’activité : stages et arbitres à équiper ont continué. Mohamed Saad renvoie la question au DAG, qui signe les bons de sortie.

– NAZIM BESSOL

Source : Foot Afrique

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