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Procès des anciens présidents de la fédération algérienne

Procès des anciens présidents de la fédération algérienne

  • Trois anciens présidents de la fédération algérienne ont comparu devant le pôle pénal économique et financier à Alger.
  • Le parquet a requis dix ans de prison ferme contre Kheireddine Zetchi, Charaf-Eddine Amara et Djahid Zefizef.
  • Les prévenus ont rejeté les allégations en invoquant leur benevolat et le respect des statuts de l'association.
  • Dix-neuf personnes au total comparaissent dans ce dossier lié notamment à des contrats avec l'agence Concorde.
  • L'affaire concerne des soupçons de corruption, de détournement de deniers publics et d'abus de fonction.

Kheireddine Zetchi, Charaf-Eddine Amara et Djahid Zefizef se sont succédé à la tête de la Fédération entre 2017 et 2023. Devant la deuxième chambre du pôle pénal économique et financier près le tribunal de Sidi M’hamed, à Alger, ils ont défendu la même ligne : bénévoles, ils ne géraient pas l’argent et ont respecté les statuts. Jeudi 15 octobre, le parquet a requis contre chacun d’eux 10 ans de prison ferme.

PREMIERE PARTIE 

Le même mot est revenu dans les trois bouches : « bénévole ». Ni salaire, ni prime, ni voiture de fonction, et donc, plaident-ils, aucun dinar détourné. Abus de fonction, octroi d’indus avantages, conclusion de contrats contraires à la réglementation, détournement de deniers publics : Kheireddine Zetchi (mars 2017 – avril 2021), Charaf-Eddine Amara (avril 2021 – mars 2022) et Djahid Zefizef (juillet 2022 – juillet 2023) ont rejeté en bloc les faits reprochés. Zetchi est mis en cause pour avoir signé les contrats litigieux, ses deux successeurs pour ne pas les avoir résiliés ni avoir signalé les irrégularités. Selon le parquet, l’affaire est partie d’informations transmises aux services de sécurité sur des soupçons de corruption au sein de la FAF, puis a été étayée par plusieurs expertises. Dix-neuf personnes comparaissent : trois anciens présidents, deux secrétaires généraux, deux directeurs de l’administration générale, des membres du bureau fédéral, le responsable de l’entrepôt et un ressortissant tunisien. Zetchi, qui totalise 22 mois de détention, s’en dit « profondément choqué ». Amara comparaît alors qu’il est déjà détenu dans une autre affaire, tout comme Djahid Zefizef

Qui tient les cordons de la bourse ?

Premier réflexe des trois prévenus : rappeler ce qu’est la FAF. Pour Zetchi, c’est une association à but non lucratif, régie par la loi sur les associations, celle sur le sport et le décret relatif aux instances sportives. « Nous n’avons pas le statut de fonctionnaires », insiste-t-il. Le président convoque l’AG deux fois par an, supervise le bureau fédéral et les commissions, et représente la Fédération. Le contrôle suit une chaîne précise : le commissaire aux comptes, puis le bureau fédéral, puis l’assemblée générale, « autorité suprême ». Sous son mandat, quatre AG se sont tenues et le quitus a été voté à chaque fois. Sur l’argent public, il avance un chiffre. Des six comptes de la FAF, l’un est réservé aux subventions du ministère de la Jeunesse et des Sports. À son arrivée, lors de la passation avec Mohamed Raouraoua, ce compte affichait 915 dinars. Quatre ans plus tard, à son départ, le solde était le même. Amara tient le même discours. Le président s’occupe de la « gestion générale du football ». La gestion financière revient à la commission financière du bureau fédéral et au directeur de l’administration générale (DAG), avec des délégations de signature, « pratique courante » même si certains actes ne se délèguent pas. Plus de 70 % des ressources viennent du sponsoring, des dons et des avances de la FIFA et de la CAF. Les subventions de l’État ? « La FAF est souvent plus riche que certaines wilayas, les subventions n’ont pas été versées depuis 2016. » Zefizef, lui, rappelle qu’il dirigeait déjà un groupe économique et n’a « jamais touché un seul dinar » de la FAF. La conclusion des contrats relève selon lui du DAG, sous le contrôle du secrétaire général. L’un des deux anciens secrétaires généraux poursuivis, Mohamed Saad, se décrit comme chargé d’exécuter les décisions du bureau fédéral.

Concorde Voyages, le dossier qui les relie tous

L’agence tunisienne, dont le patron Walid Houali est en fuite, a organisé des matchs et des stages de la sélection. Le parquet reproche l’absence de consultation d’au moins  trois prestataires et des transferts dépassant les plafonds légaux. L’expertise chiffre le préjudice à 29 millions de dinars. Zetchi dit avoir signé et assume. Il parle de deux factures, 9 000 dollars (1,2 million de dinars) et 7 224 dollars (860 000 DA), chacune sous le seuil de 1,5 million au-delà duquel le manuel de procédures impose une consultation. Concorde n’est pas une simple agence de voyages, explique-t-il, mais un agent agréé par la FIFA pour organiser des matchs internationaux. Pendant les fenêtres FIFA, c’est le sélectionneur qui fixe le profil de l’adversaire. « Avez-vous déjà entendu parler d’un appel d’offres pour choisir un adversaire ? … Tout récemment, l’équipe nationale a disputé un match amical contre le Niger, est-ce qu’il y a eu un appel d’offres ou quelque chose dans le genre ? » Le paiement est passé par la Banque d’Algérie sans réserve, et ni le commissaire aux comptes ni l’AG, en présence du représentant du ministère de la Jeunesse et des Sports, n’ont relevé d’infraction. Quant aux 29 millions : « Impossible. Ce montant concerne peut-être une autre dépense… puisque même l’addition des deux factures ne peut atteindre ce montant. » Et l’urgence invoquée ? « Ce n’était pas sous mon mandat. » Amara est catégorique : il n’a pas signé de contrat avec Concorde. Zefizef, en revanche, invoque l’urgence. Avant le CHAN 2023, les stades devant accueillir deux matchs amicaux de la sélection face au Niger et au Mali ont été fermés sur décision du ministère : il fallait refaire les pelouses après les réserves de la commission de la CAF. Le temps manquait, et Madjid Bougherra voulait ces deux matchs amicaux. Les trois transferts évoqués par l’accusation sont partis vers la Tunisie, « pas vers les Émirats, c’est une erreur ». L’opération a été financée sur les recettes FIFA, avec l’accord de la Banque d’Algérie pour la dépense en devises. L’audience bascule alors. Mounir Debichi, ancien secrétaire général sous Charaf-Eddine Amara puis Djahid Zefizef, demande la parole et lit le compte rendu d’une réunion tenue au centre de Sidi Moussa en présence de Zefizef, de Djamel Belmadi et de Madjid Bougherra, sélectionneur de l’équipe A’, consacrée à la préparation de deux stages en Tunisie. Zefizef l’interrompt sèchement : il n’a « jamais vu ce document ». Debichi maintient que l’agence est agréée par la FIFA et que le montant total n’a pas dépassé 1,2 million de dinars. Pourquoi il a signé ? « S’il n y avait pas d’urgence, je ne signe pas, d’autant que les textes m’autorisent lorsqu’il s’agit de transport, restauration et hébergement sans aucune procédure particulière. L’inspection s’est arrêtée à l’article 13, or le 21 m’autorise »

(SUITE DANS LA 2 EME PARTIE)

Source : Foot Afrique

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