Entre paysages grandioses, ambiance fraternelle, lac Ouroufal et mémoire de la Wilaya III historique, une randonnée pédestre qui restera gravée dans nos souvenirs.
Par Hafit Zaouche
Vendredi 6 novembre 2026. Il y a des endroits où l’on revient sans jamais se lasser. Des paysages qui nous émerveillent à chaque visite, des sentiers qui nous réservent toujours de nouvelles surprises et des rencontres qui donnent encore plus de sens à nos escapades. La forêt d’Akfadou est incontestablement de ceux-là. Ce vendredi, nous étions une nouvelle fois au rendez-vous avec cette montagne généreuse, pour une randonnée pédestre de 23 kilomètres de bonheur, de découverte, de partage et d’émotion. La journée avait commencé tôt, dans la bonne humeur. À bord de nos fourgons, chacun avait apporté avec lui son enthousiasme, son sourire et cette joie de vivre qui caractérise les amoureux de la marche et de la nature. Ces retrouvailles matinales avaient déjà un parfum de fête. Nous étions heureux de nous retrouver, heureux de reprendre la route et surtout impatients de retrouver notre chère Akfadou. Premier arrêt à Tiniri, chef-lieu de la commune d’Akfadou, pour permettre à chacun de faire quelques approvisionnements avant de poursuivre l’aventure. Un nom qui a éveillé notre curiosité. En tamazight, Tiniri signifie «désert». Quel contraste avec cette région aujourd’hui enveloppée de verdure ! Des habitants de la région nous ont expliqué que cette appellation ferait référence à un endroit qui, autrefois, était presque désert, où il n’y avait pratiquement rien. Comme quoi, derrière chaque nom de lieu se cachent parfois une histoire, une mémoire et une richesse que seule la curiosité permet de découvrir. Et puis, il y a
notre peuple ! Quel peuple merveilleux ! Généreux, accueillant, humain et profondément attachant. Ces petites rencontres, ces échanges spontanés et ces sourires nous rappellent combien notre Algérie possède une richesse humaine exceptionnelle. Notre peuple mérite sa part de joie, de bonheur et de moments heureux.
Imaghdacene, au-dessus des nuages
Nous avons ensuite repris la route, empruntant des chemins sinueux et parfois étroits qui nous ont conduits vers le village d’Imaghdacene, point de départ de notre randonnée. Perché à environ 1 100 mètres d’altitude, ce village figure parmi les points culminants de la commune. C’est ici que nos chaussures de marche ont véritablement commencé à écrire les premières lignes de cette belle aventure. À mesure que nous prenions de l’altitude, le spectacle devenait de plus en plus saisissant. Les villages des communes d’Akfadou, Tifra et Tinbedar se dévoilaient sous nos yeux. Au loin, Yemma Gouraya, la majestueuse chaîne des Babors et même une partie de la Méditerranée venaient compléter ce tableau naturel exceptionnel. Il fallait parfois s’arrêter, regarder, contempler et simplement savourer l’instant. Comment ne pas tomber amoureux d’un tel paysage ? La commune d’Akfadou compte de nombreux villages, parmi lesquels Aït Allouane, Aït Amara, Aït Saada, Aourir, Farhoun, Il-Vaten, Imaghdacene, Khlil, Mezouara, Rezag, Tagroudja, Tapount, Taourirt, Tizemourine et Ziwi. Autant de villages qui composent l’identité et l’âme de cette belle région. Aït Allouane est notamment connu comme le village natal du célèbre chanteur Youcef Abjaoui.
Ouroufal, quand la forêt devient fête
Parmi les belles surprises de cette randonnée, le lac Ouroufal restera incontestablement l’un des moments forts de la journée. Quelle merveille au cœur de l’Akfadou ! Entouré d’une végétation particulièrement dense, ce lac offre un spectacle d’une rare beauté. Les arbres qui encerclent ses rives se reflètent dans l’eau, dessinant un décor presque irréel. Leurs silhouettes sombres semblent prolonger la forêt jusque sur la surface du lac. On reste là, silencieux, à contempler cette œuvre que seule la nature sait composer.
Mais ce jour-là, Ouroufal nous a réservé une autre surprise : celle de la joie de vivre ! Des familles venues de différentes régions du pays avaient choisi ce magnifique endroit pour passer du temps ensemble. Des tentes étaient dressées autour du lac. Des jeunes, guitare et derbouka à la main, faisaient résonner leurs mélodies. Des filles chantaient, des familles partageaient des instants de bonheur et la forêt vibrait au rythme de cette ambiance festive. Sincèrement, nous étions heureux de découvrir une telle scène. C’est cette Algérie que nous aimons voir et raconter : une Algérie qui sourit, qui chante, qui danse, qui se retrouve et qui profite de ses richesses naturelles. Une Algérie heureuse, vivante et fraternelle. En observant ces familles, ces jeunes et ces enfants, une conviction nous traversait l’esprit : notre peuple veut vivre ! Il veut respirer, se retrouver, voyager, chanter et goûter simplement aux petits bonheurs de la vie. Et cette image nous donne de l’espoir quant à l’Algérie de demain. Au bord du lac, une tombe aménagée porte le nom de Hammoumraoui Louenas. Elle rappelle également une réalité historique souvent méconnue : la forêt d’Akfadou abrite plusieurs sépultures, certaines identifiées, d’autres anonymes. Ces lieux portent les traces d’une histoire douloureuse, celle d’une région qui a payé un lourd tribut durant la guerre de Libération nationale.
Mezouara et le PC Amirouche, sur les traces de l’histoire
Quitter Ouroufal ne fut pas chose facile. Nous aurions volontiers prolongé cette parenthèse de bonheur, mais les kilomètres nous attendaient encore. Nous avons donc repris nos sentiers à travers le massif forestier, en direction de Mezouara, avec une halte incontournable au niveau de l’emblématique PC Amirouche, l’un des hauts lieux de mémoire de la Wilaya III historique. Impossible de traverser l’Akfadou sans évoquer son histoire. Cette forêt majestueuse fut aussi un territoire de résistance, de courage et de sacrifices. Elle a donné des sueurs froides à l’armée coloniale française et demeure intimement liée à l’épopée de la guerre de Libération nationale. Mezouara, village historique perché à environ 900 mètres d’altitude, occupe une place particulière dans cette mémoire collective. Protégé par les reliefs du massif de l’Akfadou, riche en sources d’eau, en bois et en terres cultivables, il fut choisi par le colonel Amirouche pour abriter le poste de commandement de la Wilaya III historique. Le village accueillait également des structures essentielles à l’organisation du maquis, notamment un hôpital de campagne, un atelier de réparation d’armes et un centre d’instruction pour les combattants. En février 1957, Mezouara fut évacué et déclaré zone interdite par l’armée coloniale, contraignant ses habitants à l’exil. Un épisode douloureux qui témoigne du prix payé par cette région pour la liberté de l’Algérie. En parcourant ces lieux, on ne peut s’empêcher de penser à tous ces hommes et à toutes ces femmes qui ont vécu cette histoire. Derrière chaque sentier, chaque arbre et chaque pierre se cachent peut-être des souvenirs que nous avons le devoir de préserver.
D’ailleurs, une question mérite d’être posée : pourquoi ne pas organiser davantage d’excursions pédagogiques au profit des élèves vers les PC historiques du colonel Amirouche
et les différents sites de la Wilaya III ? Permettre aux jeunes générations de découvrir ces lieux de leurs propres yeux, de marcher sur les traces de ceux qui ont combattu pour l’indépendance et de comprendre l’histoire autrement que dans les livres serait une magnifique initiative.
La forêt d’Akfadou n’est pas seulement un patrimoine naturel. Elle est aussi un immense livre d’histoire à ciel ouvert. 23 kilomètres, mais des souvenirs qui n’ont pas de mesure ! Notre escapade s’est poursuivie jusqu’au village de Mezouara, au terme d’une journée riche en émotions, en découvertes et en rencontres. Vingt-trois kilomètres parcourus, des paysages à couper le souffle, des retrouvailles chaleureuses, un lac merveilleux, des chants, des sourires et une plongée dans l’histoire de notre pays.
Au fond, une randonnée ne se mesure pas uniquement au nombre de kilomètres parcourus ni au dénivelé avalé. Elle se mesure aussi aux émotions ressenties, aux personnes rencontrées, aux paysages découverts et à tous ces petits instants de bonheur que l’on rapporte dans ses bagages.
L’Akfadou possède cette magie rare : celle de nous faire oublier le temps, de nous rapprocher de la nature et de nous rappeler l’essentiel.
Alors, à toutes celles et à tous ceux qui n’ont pas encore découvert cette merveille, nous lançons une invitation sincère : ne vous privez pas de ces sensations, de cette joie et de cette communion avec la nature.
Allez découvrir l’Akfadou, ses villages, ses sentiers, ses lacs et son histoire. Prenez le temps de marcher, de respirer, de rencontrer ses habitants et de contempler ses paysages.
Et surtout, préservons cette forêt exceptionnelle. Elle est un trésor naturel, historique et humain qui mérite toute notre attention. Akfadou, ce n’est pas seulement une destination. C’est une émotion, une histoire et une invitation permanente au bonheur. Une forêt magique où l’on revient toujours avec une seule envie : y retourner ! 23 kilomètres de bonheur… et des souvenirs pour toute une vie.
H. Z.


























