Le Père Noël de Zurich est arrivé au Cap-Vert avec ses grands sabots. Dans sa hotte : un milliard de dollars, des projets FIFA Forward et la promesse de nouveaux cadeaux au football africain. Le timing n’est évidemment pas anodin. À quelques mois de l’élection présidentielle de la FIFA, Infantino est venu rappeler aux 54 fédérations africaines tout ce que Zurich aurait fait pour elles.
Mais derrière les cadeaux, une question demeure : que reste-t-il de la souveraineté du football africain ? Car depuis l’arrivée d’Infantino, Zurich ne s’est pas contenté de financer. Le président de la FIFA a aussi construit des relais appuyés par le Marocain Lekjaa et l’Egyptien Abou Hani Reda, au cœur des institutions africaines. L’épisode de 2021, avec le retrait du Sénégalais Senghor, du Mauritanien Yahya et de l’Ivoirien Anouma avant l’élection de Motsepe, reste dans toutes les mémoires.
Senghor représentait une autre conception de la CAF : une confédération qui entendait choisir elle-même son président et défendre ses propres intérêts. Son échec électoral ne peut être isolé du contexte de l’époque, marqué par l’intervention très visible de Zurich dans la succession de Hayatou. C’est cette évolution du rapport de forces qui mérite aujourd’hui d’être regardée en face.
Nous ne voulons pas refaire l’Histoire. Mais impossible d’oublier Hayatou. Lorsqu’il croisa Infantino au Cameroun, l’ancien président de la CAF, alors malade, lui lança, selon la BBC : « Vous avez voulu me tuer, mais je suis encore vivant. » Une phrase terrible, prononcée dans le contexte de leur affrontement institutionnel. De Tessema à Hayatou, une génération de dirigeants africains avait défendu l’idée d’une CAF capable de discuter d’égal à égal avec les puissances du football mondial.
Aujourd’hui, la question est différente : l’Afrique décide-t-elle encore pour son propre football ? Le mot est lourd, mais faut-il vraiment l’écarter d’un revers de main lorsque l’on parle de néocolonialisme sportif ? Le Père Noël a été reçu selon l’hospitalité africaine Cap-Vert. Mais qu’il n’oublie jamais ceci : Si l’Afrique peut accepter les cadeaux, elle ne peut abandonner sa souveraineté.
Ahmed Bessol




























