Gianni Infantino va d’échec en échec. Et, à mesure que les jours passent, la question de son départ n’est plus seulement posée par ses adversaires. Elle commence à s’imposer comme une véritable question de gouvernance pour la FIFA. Le dernier épisode est particulièrement révélateur.
Invité à un tournoi U14 en République dominicaine, le président de la FIFA a été prié par Victor Montagliani, président de la CONCACAF, de reconsidérer sa venue. Sa présence, lui a-t-on fait savoir, risquait de détourner l’attention du football des jeunes. Infantino est pourtant venu. A l’évidence, le patron du football mondial n’est désormais plus forcément le bienvenu chez lui.
Dans le même temps, la Nouvelle-Calédonie affiche son soutien à Infantino et annonce son intention de voter pour lui en 2027. Ce soutien existe et il faut le reconnaître. Mais il ne peut masquer une réalité beaucoup plus lourde : le front de la contestation s’élargit de plus en plus et il ne serait pas étonnant de le voir prendre une initiative extrême dans les prochains jours.
Le projet de faire entrer des investisseurs privés dans une nouvelle structure commerciale liée à la Coupe du monde a été abandonné après une levée de boucliers. UEFA, AFC et CONCACAF ont exprimé leur opposition. Des fédérations ont pris leurs distances. D’anciens proches du président ont rompu avec lui. Et la possibilité même d’une motion de défiance est désormais évoquée. Ce n’est plus un incident. C’est une succession.
Certes, Infantino peut toujours compter sur des soutiens, notamment du Maroc et parmi certaines petites fédérations qui apprécient les moyens et les places supplémentaires obtenus sous sa présidence. Mais une présidence ne se mesure pas seulement au nombre de voix favorables. Elle se mesure surtout à la confiance qu’inspire celui qui dirige. Or cette confiance est sérieusement entamée.
Et lorsque, interrogé sur les appels à sa démission, Infantino préfère plaisanter sur la coupe de cheveux d’un journaliste plutôt que répondre au fond, cela donne surtout le sentiment d’un président qui esquive la question essentielle : pourquoi rester lorsque la confiance s’effrite autour de vous ? Certains n’hésitent pas à parler de la perte d’un salaire mensuel faramineux et des indemnités qui donnent le tournis.
Aussi, Infantino peut-il encore décider de s’accrocher à son fauteuil et maintenir sa candidature à un quatrième mandat. Mais elle ne sera pas le seul comme il le souhaitait. Il ne peut compter ses soutiens et attendre 2027. Mais rester au pouvoir n’est pas forcément conserver son autorité. C’est là que se trouve aujourd’hui le véritable problème.
La FIFA a besoin d’un président capable de rassembler, pas d’un président obligé, semaine après semaine, de démontrer qu’il possède encore une majorité. Alors, jusqu’à quand Infantino peut-il tenir ? La vraie question est peut-être désormais ailleurs : combien de temps la FIFA peut-elle encore se permettre de continuer avec lui ? Et si son départ était finalement la seule véritable porte de sortie à cette crise de gouvernance ?
– AHMED BESSOL




























