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ALG : Toute voix discordante ne signifie pas «main invisible» (Ahmed Bessol)

ALG : Toute voix discordante ne signifie pas «main invisible» (Ahmed Bessol)

Il ne faut pas inverser les rôles. Il est des moments où le football dépasse les bureaux, les communiqués et les décisions administratives. L’équipe nationale algérienne appartient alors à tout un peuple qui s’interroge, débat, approuve, conteste et, parfois, réclame des changements. C’est la vie normale d’une sélection qui occupe une place aussi particulière dans la société. Vox populi, vox Dei. La formule n’est pas une vérité absolue. La voix du peuple peut se tromper. Mais elle constitue toujours un signal. Et lorsqu’elle devient suffisamment forte et persistante, elle mérite au moins d’être entendue.

C’est précisément ce qui se passe aujourd’hui autour de l’équipe nationale. Le débat sur son avenir et sur l’identité de son prochain sélectionneur n’est ni artificiel ni sorti de nulle part. Il est né d’une réalité sportive et des interrogations suscitées par le parcours de la sélection. Il traverse les discussions des supporters, des anciens joueurs, des techniciens, des journalistes et, plus largement, de tous ceux qui suivent les Verts. On peut être d’accord ou non avec cette contestation. On peut défendre le bilan de Vladimir Petkovic, comme on peut considérer qu’un nouveau cycle est devenu nécessaire. Mais réduire ce débat à une entreprise de déstabilisation serait une erreur.

Une équipe nationale n’est pas une propriété privée. Elle appartient à ceux qui la font vivre et à ceux qui la suivent avec passion. Le sélectionneur lui-même n’est jamais soustrait au jugement public. Pas plus qu’un président de fédération, un joueur ou un responsable technique. C’est la règle du jeu. Et si la question du prochain sélectionneur se pose aujourd’hui avec autant d’insistance, ce n’est pas parce qu’une mystérieuse main cherche à « parasiter » l’action de la Fédération. C’est tout simplement parce qu’une page s’est ouverte et que chacun veut savoir ce que sera la suivante.

Le choix d’un entraîneur algérien, d’un technicien étranger ou d’un profil différent ne devrait d’ailleurs pas être transformé en affrontement idéologique. Le seul critère devrait être la compétence et la capacité
à répondre aux exigences de l’équipe nationale. Mais là encore, la décision finale appartient à la Fédération. Elle a le droit de choisir. Elle a même le devoir de choisir. En revanche, elle ne peut pas empêcher le débat qui précède ou accompagne sa décision.

La meilleure réponse aux critiques est sportive. Elle n’est pas de les qualifier de campagnes, de manipulations ou de tentatives de déstabilisation. Elle consiste à présenter un projet, à expliquer un
choix et à convaincre. Le football algérien a suffisamment mûri pour accepter la contradiction. Il faut surtout se méfier d’une tentation : celle qui consiste à considérer que toute voix discordante vient nécessairement de quelqu’un qui veut nuire. C’est ainsi que le débat se ferme, que les certitudes remplacent les arguments et que ceux qui posent des questions deviennent, par une étrange inversion des rôles, les responsables des problèmes qu’ils dénoncent.

L’équipe nationale mérite un débat ouvert, serein et contradictoire. Elle mérite que l’on écoute la rue du football sans lui dicter ce qu’elle doit penser. Elle mérite aussi que ses responsables assument leurs choix sans chercher à faire porter aux autres la responsabilité des interrogations qu’ils suscitent. Écouter la voix populaire ne signifie pas lui obéir aveuglément. Cela signifie simplement reconnaître qu’en football, comme ailleurs, nul ne détient seul la vérité. Et lorsque la voix du peuple du football devient insistante, le plus sage n’est pas de chercher à la faire taire. C’est de l’écouter.

AHMED BESSOL

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