«La finance climatique et les marchés du carbone constituent des instruments stratégiques capables de transformer les engagements environnementaux en investissements concrets, rentables et à fort impact».
C’est une ingénieure statisticienne de Sonatrach, Amel Mares, qui aborde cette problématique et met en lumière le rôle des mécanismes de finance climatique, des marchés du carbone volontaires et réglementés, ainsi que des initiatives de réduction des émissions pour soutenir les énergies renouvelables, l’hydrogène propre, l’efficacité énergétique, les infrastructures résilientes et les technologies de décarbonisation.
«Pour l’Algérie, ces mécanismes représentent une opportunité majeure d’attirer des investissements climatiques, de soutenir la décarbonisation des secteurs énergétiques et industriels, de développer les énergies renouvelables et l’hydrogène, tout en favorisant l’innovation, le transfert de technologies, la création d’emplois qualifiés et une croissance économique durable».
Selon Amel Mares, «la finance climatique et les marchés du carbone (et les crédits carbone) deviennent stratégiquement importants, ils ne constituent pas une solution par eux-mêmes ; ce sont des instruments financiers et économiques extrêmement capables d’accélérer la transition, lorsqu’ils sont soutenus par des politiques crédibles, des mesures robustes, des gouvernements et des projets bancables».
«Nous entrons dans une nouvelle ère où la sécurité énergétique, la politique climatique, la politique industrielle et la politique d’investissement convergent intrinsèquement», indique Amel Mares en soulignant que «la transition énergétique redessine la carte de l’investissement mondial».
«Le capital, dit-elle, recherche de nouvelles infrastructures et l’industrie recherche une production à plus faible teneur en carbone». «Le marché se tourne de plus en plus vers l’intensité carbone, et les pays se disputent pour attirer les technologies, les industries et les investissements de l’économie bas-carbone», fait savoir l’ingénieure de Sonatrach qui s’interroge : serons-nous capables de nous mobiliser assez vite pour capter la valeur de cette transition ?
Pour elle, la finance climatique ne doit pas être simplement perçue comme un simple bassin d’argent, car sa plus grande valeur, explique-t-elle, réside «dans sa capacité à réduire les risques et à mobiliser des capitaux additionnels». «Elle garantit une valeur stratégique qui peut changer le profil de risque des projets», précise l’oratrice.
Abordant la problématique des marchés carbone, Mme Mares explique qu’ils consistent «fondamentalement à créer un signal économique. Ils créent un mécanisme par lequel la valeur économique des émissions et de la réduction des émissions peut être de plus en plus reflétée dans les décisions d’investissement».
Il y a, cependant, un principe important. Selon elle, «les marchés du carbone ne peuvent pas être bâtis sur des attentes seules, ils exigent des règles, des données, de la transparence et, par-dessus tout, de la crédibilité».
L’article 6 de l’Accord de Paris crée une opportunité importante pour la coopération internationale et pour développer l’économie, indique l’oratrice en soulignant qu’il «peut potentiellement relier les priorités climatiques nationales avec la demande internationale pour des résultats d’atténuation à haute intégrité».
«Pour l’Algérie, c’est particulièrement pertinent, car la nouvelle contribution nationale indique explicitement l’intention d’utiliser des approches coopératives volontaires en vertu de l’article 6, et de cofinancer ses contributions nationales». Selon Amel Mares, «cela crée une opportunité de connecter la finance carbone avec la stratégie globale d’investissement».
Elle donne un exemple concret : «les marchés du carbone et les crédits carbones, où 1 crédit carbone équivaut à 1 tonne de CO2 évitée, réduite ou capturée. De tels crédits sont vendus sur des marchés volontaires ou régulés, générant des revenus pour les projets à faibles émissions ou verts, souvent locaux».
Lancement futur du marché national du carbone
«L’Algérie entre dans cette transition avec d’importants actifs stratégiques : des ressources naturelles, un potentiel solaire, une infrastructure énergétique et industrielle, une position géographique stratégique entre l’Afrique, la Méditerranée et l’Europe, et des capacités industrielles substantielles», estime l’ingénieure de Sonatrach pour laquelle «l’opportunité stratégique n’est pas simplement de produire de l’énergie propre, mais de créer plus de valeur économique à partir de l’énergie».
«Cela signifie connecter l’énergie globale avec la chaîne de valeur, connecter la décarbonation avec la compétitivité, et connecter tout cela avec le capital», explique-t-elle en rappelant les jalons importants établis par l’Algérie : «le cadre national cible 15 gigawatts de capacité d’énergie renouvelable d’ici 2035, avec le solaire photovoltaïque comme composant principal. Le pays poursuit également l’efficacité énergétique, une mobilité plus propre, la modernisation industrielle et la réduction des émissions de méthane et de torchage».
« Ce ne sont pas des chiffres climatiques abstraits, ce sont des opportunités d’investissement »
L’opportunité maintenant est de connecter ces initiatives, fait-elle savoir, avant de parler «des voies concrètes, comme le lancement du futur marché national du carbone (ce projet fait partie d’un programme en partenariat avec le PNUD et la Facilité mondiale pour l’environnement)».
Selon Amel Mares, Sonatrach a signé un protocole avec la Direction générale des forêts concernant la couverture de plusieurs milliers d’hectares en vue de générer des crédits carbone, avec un pilote de 420 millions d’arbres accessibles pour cette période, et des efforts dans le secteur des hydrocarbures pour réduire les émissions polluantes (comme le torchage du gaz), dans le but de développer une empreinte carbone pour les produits exportés, particulièrement ceux destinés à l’Europe.
«Les CDN ne doivent pas rester des documents soumis aux Nations Unies ; elles doivent devenir une architecture d’investissement», indique l’ingénieure de Sonatrach en affirmant que l’évolution du cycle précédent des CDN vers la CDN actuelle de l’Algérie (3.0) offre une opportunité de renforcer le lien entre l’ambition climatique et le financement des investissements.
Dans sa CDN actuelle, dit-elle, l’Algérie s’engage à une réduction inconditionnelle de 40 % de ses émissions de gaz à effet de serre d’ici 2035.
L’échelle de l’opportunité est considérable, note l’oratrice avant de rappeler que l’Algérie estime à environ 25 milliards de dollars les besoins de financement pour la mise en œuvre de sa trajectoire d’atténuation sur la période 2026-2035.
Selon elle, ce qui est «particulièrement important, c’est la composition de ces investissements : 19,84 milliards de dollars sont associés à l’énergie renouvelable et à la décarbonation de l’électricité, 7,9 milliards de dollars sont associés à la construction de l’efficacité énergétique résidentielle, et 3,7 milliards de dollars sont associés au transport».
Pour Amel Mares, « ce ne sont pas des chiffres climatiques abstraits, ce sont des opportunités d’investissement à travers les secteurs réels de l’économie ».
S. R.





























