Alors que le secrétaire général du Parti communiste français vient tout juste d’annoncer sa candidature à la présidentielle d’avril prochain, la gauche est plus divisée que jamais avec désormais au moins neuf candidats déclarés officiellement et encore dix autres candidats à une primaire de gauche pour définir un nouveau candidat unique de cet ensemble. Toutefois, pour se positionner sur la ligne de départ pour le premier tour, il faudra bien entendu rassembler les signatures de 500 élus de France, exigence sine qua non qui fait peiner plusieurs personnalités, même parmi les plus populaires, à l’instar de Jean-Luc Mélenchon qui n’a pas encore atteint son quota. Par le passé d’ailleurs, certaines figures populaires avaient même renoncé à leur candidature faute de signatures, à l’instar de Charles Pasqua en 2002, Corinne Lepage en 2012 ou encore récemment Christiane Taubira en 2022. Mais le plus grand problème de la gauche sera sans aucun doute de diviser les voix des électeurs en petits groupuscules, rendant l’élection d’un candidat de leur tendance politique plus compliquée, comme ce fut surtout le cas lors de la dernière édition de la présidentielle où Mélenchon a raté la marche du second tour de quelques centaines de milliers de voix près (1,2 %). À la fête de l’Humanité qui se tient cette semaine, François Ruffin, lui-même candidat, appelle au rassemblement de la gauche, à la construction d’une «grande force commune» pour s’opposer au Rassemblement National. Il fustige la gauche qui «fait peur», faisant une allusion implicite mais très claire au candidat LFI Jean-Luc Mélenchon : «Il y en a qui ont un passif, un passé, et il y a une peur. Les forces de gauche font plus peur aujourd’hui dans le pays que le font Marine Le Pen et l’extrême droite». «On ne pourra pas gagner à gauche avec deux tiers des Français qui ont peur de nous, qui nous rejettent, qui nous haïssent. Il ne faut pas seulement rassembler et élargir avec les partis politiques, mais rassembler et élargir aux Français aussi», exhorte le candidat Debout ! à la présidentielle. François Ruffin a en effet proposé de rejoindre la primaire de la gauche, bien que le candidat Place publique Raphaël Glucksmann s’y oppose, car il considère qu’il ne fait pas partie de l’arc social-démocrate. Rappelant que le Premier secrétaire du PS, Olivier Faure, ne s’oppose pas à sa participation, pas plus que Philippe Brun et Emmanuel Maurel, tous deux candidats à cette primaire, François Ruffin a insisté auprès d’eux : «Je considère que je suis le bienvenu, un héritier de Jean Jaurès, de Léon Blum, que je prolonge la grande histoire du mouvement ouvrier et que j’ai ma place». Toutefois, il est très incertain que Ruffin soit la force qui réussisse à rassembler à gauche, car si sa popularité est assez bonne, les intentions de vote à son endroit sont par contre loin d’être suffisantes pour justifier sa tentative de prendre le flambeau et de devenir le représentant d’une gauche globale. Surtout que Mélenchon, malgré son extrémisme et malgré les dérapages qui l’ont rendu radioactif pour beaucoup d’électeurs «modérés», gagne encore en popularité. Les sympathisants de gauche estiment peut-être pragmatiquement qu’il est le seul capable de battre Marine Le Pen en 2027, une figure encore fortement diabolisée au sein de cette famille politique, qui serait ainsi prête à voter pour son équivalent de gauche plutôt que de laisser le pouvoir au Rassemblement National. Si Ruffin néanmoins était plus réaliste et sincère dans son envie de barrer la route à Mélenchon, il tenterait plutôt de rejoindre la campagne de Raphaël Glucksmann, seule personnalité de gauche qui se démarque quelque peu, même s’il obtient pour le moment la moitié des intentions de vote de ceux du candidat de la France Insoumise. Il reste cependant plusieurs mois avant le début officielle de la campagne présidentielle et tout peut arriver d’ici là, comme un nouveau dérapage de Mélenchon qui serait la goutte de trop, un scénario pas si improbable au vu du tempérament du chef de file LFI ces dernières années, qui pourrait changer la donne et redonner une conformable avance à Glucksmann.
F. M.

- Secrétaire général du Parti communiste français annonce candidature à présidentielle d’avril prochain, gauche compte au moins neuf candidats déclarés.
- Premier tour exige 500 élus, Jean-Luc Mélenchon n’a pas atteint son quota, comme Pasqua en 2002, Lepage en 2012, Taubira en 2022.
- Mélenchon a raté le second tour lors dernière présidentielle de quelques centaines de milliers de voix près (1,2 %).
- À la fête de l’Humanité, François Ruffin appelle à une «grande force commune» contre Rassemblement National et critique gauche qui «fait peur».
- Ruffin veut rejoindre primaire de gauche malgré opposition de Raphaël Glucksmann, tandis que Mélenchon gagne en popularité pour 2027.



























