Quatre-vingt-cinq organisations environnementales et regroupant des professionnels de santé ont appelé hier l’Organisation mondiale de la santé (OMS) à revoir ses normes, vieilles de plusieurs décennies, concernant la concentration des nitrates dans l’eau potable.
Dans une lettre ouverte, ces organisations, dont Greenpeace International et WONCA (World Organization of Family Doctors) qui représente des médecins généralistes, ont demandé à l’OMS de modifier ses standards sur la teneur en nitrates de l’eau potable. Les effets toxiques des nitrates, résidus laissés par l’agriculture intensive, sont reconnus comme particulièrement dangereux pour les enfants et les femmes enceintes. Les normes actuelles de l’OMS, qui fixent le niveau maximum acceptable dans l’eau potable à 50 milligrammes de nitrate par litre, datent de 1958 et sont «dépassées», ont mis en garde les ONG.
Ces normes avaient été spécifiquement définies pour prévenir le «syndrome du bébé bleu», une cyanose caractérisée par une oxygénation insuffisante du sang.
Mais elles «n’ont pas été mises à jour en réponse aux preuves épidémiologiques solides liant l’exposition chronique à de faibles taux de nitrate à des risques à long terme pour la santé humaine», souligne la lettre qui cite, notamment, le cancer colorectal et des complications à la naissance. «Des études relient à présent le nitrate dans l’eau potable, à des niveaux bien inférieurs aux limites fixées actuellement par l’OMS, au cancer de l’intestin et aux naissances prématurées», a déclaré dans le communiqué le président de la WONCA, Pratyush Kumar.
Cette lettre a été publiée à l’occasion de la Journée mondiale «une seule santé», hier, destinée à mettre en évidence l’interdépendance de la santé humaine, celle des animaux et végétaux et celle des écosystèmes.
Des centaines de millions de personnes dans le monde sont exposées à des taux de nitrate élevés, avertit la lettre.
«L’eau devrait être source de vie, et pas la menacer», a souligné dans le communiqué Amanda Larsson, responsable agriculture chez Greenpeace.
Les ONG ont cité les conclusions publiées en 2025 par un comité d’experts mandaté par le gouvernement danois, selon lesquelles les normes internationales actuelles ne sont pas adaptées pour protéger la santé publique.
Ce panel d’experts a recommandé de réduire le taux acceptable de nitrate dans l’eau de boisson à 6 mg par litre, presque dix fois moins que le seuil actuel de l’OMS. Le gouvernement danois s’est engagé cette année à suivre ces recommandations.
Mais la plupart des gouvernements ajustent leurs normes sur celles de l’OMS, relèvent les ONG, estimant qu’«une mise à jour est vitale pour réformer les politiques mondiales».
R. E./APS




























