La Chambre algéro-allemande de commerce et d’industrie (AHK Algérie) a réuni, jeudi dernier, industriels, régulateurs et experts, à Alger, autour du congrès Pharma 2026 placé sous le thème «Santé et souveraineté : axe algéro-allemand pour une industrie pharmaceutique nationale forte».
Des travaux ouverts par le ministre de l’Industrie pharmaceutique, Ouassim Kouidri, s’est dégagé un même constat : la capacité de production est acquise, le secteur doit à présent changer de braquet et viser la valeur ajoutée.
Dépasser la simple fabrication pour aller vers le transfert de connaissances, de technologies et de compétences, tel est le cap fixé par le ministre. Selon lui, la production nationale couvre 82% des besoins du marché. Le secrétaire général du ministère, le Pr Abdelhakim Boudis, a détaillé ce socle, avec plus de 230 unités de production et 764 lignes de fabrication.
En valeur, la production locale est passée de 2,1 milliards de dollars en 2021 à 4,9 milliards de dollars aujourd’hui. Il a classé l’Algérie au deuxième rang africain de la fabrication locale, derrière l’Égypte. La souveraineté pharmaceutique, a-t-il précisé, ne se mesure pas à l’aune du nombre d’usines. Elle exige la maîtrise de la technologie, une qualité conforme aux standards internationaux et l’intégration progressive de la chaîne de valeur, jusqu’aux matières premières.
Le partenariat allemand s’inscrit dans cette trajectoire. Lors de la visite du président Abdelmadjid Tebboune à Berlin, les 16 et 17 juillet dernier, Boehringer Ingelheim a signé deux mémorandums d’entente, l’un avec le groupe public Saïdal sur la production, l’autre sur la recherche.
Le président de l’AHK Algérie, El Hadi Iskander, a affirmé que le partenariat avec Saïdal se concrétisait déjà. Derek O’Leary, directeur pays de Boehringer Ingelheim, a indiqué que plus de 80 % des produits clés du laboratoire sont fabriqués localement en Algérie. «Ce n’est pas un simple conditionnement, il s’agit d’un transfert de technologie réelle», a-t-il assuré.
Chez Saïdal, ce partenariat accompagne une véritable mutation. Boubaker Hammou, directeur des partenariats et des alliances stratégiques du groupe, a ainsi affiché l’ambition de transformer, d’ici deux à trois ans, le statut de l’entreprise : simple sous-traitant de fabrication, elle vise à devenir une organisation à part entière dédiée au développement et à la production, la recherche-développement constituant encore le talon d’Achille des industriels algériens.
Pour illustrer cette sortie du seul générique, il a cité un contrat sur des médicaments contre le cancer du sein et le traitement de Boehringer Ingelheim destiné aux pneumopathies interstitielles idiopathiques.
Exporter ou fermer
L’exportation, déjà engagée, doit à son tour prendre de l’ampleur. Abdelouahed Kerrar, PDG du groupe Biopharm et vice-président du Conseil du renouveau économique algérien (CREA), a rappelé que sans production locale, la facture d’importation dépasserait 5 milliards de dollars. Pour plus de 230 unités, l’étroitesse du marché intérieur agit comme un aiguillon : «Soit elles exportent, soit elles ferment».
Au moins une dizaine d’entreprises pourraient, au prix d’un effort réglementaire, obtenir la certification d’agences européennes. Il y a vingt ans, la réalité même de la production locale était battue en brèche, a observé l’industriel. Et ce dernier de lancer un pari : «Dans 10 ans, des produits algériens seront vendus en Europe». Il estime que l’Europe aurait tout à gagner à se fournir auprès de partenaires fiables et proches plutôt qu’en Asie.
L’Afrique demeure toutefois la cible prioritaire. L’Algérie ne cherche pas seulement des débouchés pour ses produits finis, a souligné le Pr Boudis, elle veut transférer sa souveraineté pharmaceutique et sa technologie vers d’autres pays africains, une ambition que les ministres africains de la Santé et de l’Industrie pharmaceutique ont mesurée lors de leur rencontre de novembre 2025.
Il a annoncé la signature, dans les prochains jours, de nouveaux accords «en Tanzanie, au Bénin et également dans d’autres pays». Plus de 50 000 Africains suivent déjà des formations spécialisées en Algérie.
Le potentiel est considérable. Bouabidi Ameur, expert à l’Organisation des Nations unies pour le développement industriel (ONUDI), a évalué le marché africain du médicament entre 25 et 30 milliards de dollars, couvert à 80 à 95 % par les importations. La pièce manquante reste, a-t-il expliqué, la reconnaissance internationale de la qualité algérienne.
La préqualification de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) ouvre l’accès aux appels d’offres des grands acheteurs internationaux, un marché de 12 à 14 milliards de dollars par an. Face à l’Inde et à la Chine, l’écart de prix se resserre une fois le fret et l’énergie pris en compte, d’autant que la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) vise la suppression de 92% des droits de douane. Derek O’Leary voit dans la qualité alignée sur les références internationales «le passeport pour les produits algériens».
La recherche constitue l’autre gageure. Un centre scientifique en voie de finalisation à Sidi Abdellah associera, selon le Pr Boudis, des chercheurs de la diaspora en thérapie cellulaire et en biotechnologie.
À la tête de l’Agence nationale des produits pharmaceutiques (ANPP), Chérif Delih a indiqué qu’elle compte sur la coopération avec les laboratoires allemands pour former ses évaluateurs aux produits biologiques.
L’intérêt est réciproque. Alexander Boxler, de l’Alliance allemande pour la santé, a relevé que l’industrie pharmaceutique de son pays, qui réalise les deux tiers de ses ventes à l’étranger, commerce encore peu avec l’Afrique. Il a proposé un format d’échanges dédié entre acteurs algériens et allemands et invité les industriels algériens au Forum germano-africain de la santé, prévu le 14 octobre à Berlin.
T. A. L.





























