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Incendies de forêts en Algérie : mémoire écologique et traumatisme des populations – 2026

Incendies de forêts en Algérie : mémoire écologique et traumatisme des populations – 2026

  • Les incendies de l'été 2026 dans l'Atlas tellien ont causé un traumatisme profond pour l'écosystème et les populations.
  • La forêt est la colonne vertébrale des systèmes de production ruraux, fournissant olivier, bois, et fourrage.
  • Des règles coutumières régissent l'accès à la forêt, avec des interdictions sur la coupe du bois hors périodes autorisées.
  • La mémoire biologique des arbres, via les cernes de croissance, enregistre les cycles climatiques et les incendies passés.
  • L'action humaine a laissé des traces comme les terrasses abandonnées, charbonnières, et vestiges de la guerre de Libération.

Les incendies de forêt ayant affecté les massifs algériens, et particulièrement l’Atlas tellien oriental, au cours de l’été 2026, constituent un profond traumatisme, aussi bien dans le corps écologique de la partie la plus riche du pays sur le plan de la biodiversité, que dans la mémoire «anthropologique» des populations.

Il s’agit, d’une part, d’un écosystème savamment et patiemment édifié par la nature depuis des milliers d’années et, d’autre part, d’un espace géographique au sein duquel s’est organisée la société et s’est construite la vie économique et sociale des populations depuis l’antiquité numide.

La relation intime entre les populations et la forêt dans la partie septentrionale du pays a été à la base d’un mode de vie et de systèmes de production qui ont caractérisé ces reliefs depuis la nuit des temps.

Cette relation entre la forêt et les habitants des massifs montagneux a également pesé favorablement dans la résistance que les populations rurales ont opposée aux différentes agressions extérieures.

Cette relation organique entre les populations rurales et les massifs forestiers algériens s’incarne dans des pratiques quotidiennes, économiques et sociales très concrètes plongeant dans l’histoire la plus reculée du pays.

En effet la forêt algérienne constitue depuis des siècles la colonne vertébrale des systèmes de production ruraux, particulièrement en Kabylie, dans les Aurès, sur les Babors et les Bibans, sur la dorsale du Titteri et sur les chaînes de l’Ouarsenis, du Dahra, des Daïa et de Tlemcen.

Un fonds de mémoire socioéconomique

Dans les wilayas de Tizi Ouzou, Béjaïa, Jijel, Mila, Skikda et Annaba, la culture du figuier et de l’olivier s’insère directement au contact des lisières forestières. L’huile d’olive, au-delà de sa valeur nutritive, demeure un véritable capital économique et social, avec une incontestable dimension culturelle et patrimoniale.

Les peuplements forestiers (chênes, pins, frênes, cèdres) fournissent l’ombrage indispensable et contribuent à la formation du climat local.

De même, la forêt joue un rôle majeur dans l’économie agropastorale. Dans les massifs forestiers de l’est algérien, les élevages caprins et bovins dépendent étroitement du parcours en sous-bois.

Le chêne zeen et le chêne afarès offrent un fourrage d’affouragement vert durant les périodes de sécheresse estivale. La matière première que constitue le liège, extrait des forêts de chêne-liège du littoral oriental (de Tizi Ouzou jusqu’à El Tarf), alimente depuis plus d’un siècle une industrie locale majeure de transformation.

À l’échelle domestique, la récolte du bois de chauffe, la cueillette de la bruyère pour la confection de pipes ou d’outillages, ainsi que le ramassage des plantes médicinales et aromatiques (thym, lavande sauvage, lentisque) apportent un complément de revenu indispensable aux ménages.

Sur le plan de l’habitat, la forêt a façonné la configuration des demeures rurales de la montagne ainsi que les structures de gouvernance locale.

L’habitat traditionnel (comme dans la vallée de la Soummam ou sur les hauteurs des Bibans, du Djurdjura ou des Babors) s’implante sur les crêtes rocheuses pour épargner les terres fertiles et la forêt, tout en tirant partie des matériaux locaux : la charpente en bois de pin d’Alep ou de frêne, les pierres et les moellons pour la construction ainsi que le torchis pour l’isolation.

Autrefois, dans les zones forestières bien constituées, les règles de préservation coutumière commandaient l’accès à la forêt. Il est régi par des décisions assemblées de village. La coupe du bois vert y est strictement prohibée en dehors des périodes autorisées, et des sanctions financières ou sociales frappent quiconque dégrade les points d’eau forestiers ou les pâturages collectifs.

Pour lutter contre l’érosion des sols sur les pentes raides des massifs, les paysans ont façonné des banquettes retenues par des murets de pierres sèches, stabilisées par les racines des arbres forestiers et fruitiers.

Une mémoire écologique et d’action anthropique

L’on peut caractériser la «mémoire interne» de la forêt algérienne par l’ensemble des traces matérielles, biologiques et paysagères qu’enregistre son écosystème au fil du temps. Qu’il s’agisse d’épreuves climatiques, d’événements historiques ou de l’impact des activités humaines, les massifs forestiers conservent cette histoire à travers plusieurs indicateurs observables.

Dans ce contexte, la mémoire biologique et dendrochronologique constitue sans doute la partie la plus recherchée pour les études universitaires. Les cernes de croissance des arbres gardent l’empreinte précise des cycles climatiques.

L’épaisseur des cernes révèle l’alternance des périodes de sécheresse sévère et d’années pluvieuses sur plusieurs siècles. Cela relève du domaine de la paléoclimatologie.

L’histoire des incendies ayant affecté les régions considérées peut être également restituée par une «mémoire du feu» ou pyro-mémoire, enfouie dans les couches successives d’écorce et de charbon emprisonnées dans le tronc des arbres. On y retrouve le passage des grands incendies qui ont marqué les peuplements forestiers.

De leur côté, les sols forestiers sont aussi porteurs d’une mémoire issue de la pyro-météorisation et des dépôts de charbon. Les horizons profonds du sol forestier conservent des micro-charbons de bois, enregistrant la fréquence et l’intensité des feux à l’échelle des millénaires.

Sur un autre plan, la mémoire de la forêt se retrouve aussi dans les essences reliques, correspondant à la présence d’espèces endémiques et très anciennes (comme le cyprès du Tassili ou le cèdre) qui constituent un témoignage vivant du climat méditerranéen et saharien d’autrefois.

La dynamique des régénérations et les maquis dans certaines régions sont le résultat direct de siècles de coupes, de surpâturage et de feux. C’est la trace d’une dégradation progressive d’anciennes forêts denses de chêne vert, de chêne-liège ou de pin d’Alep.

Dans le sillage de ces traces de l’action anthropique, on retrouve également les vestiges d’aménagements anciens, à l’image des terrasses de culture abandonnées, des charbonnières artisanales traditionnelles, de sites d’extraction de chaux ou d’argile, de fours de fabrication de tuiles, d’outils d’extraction de résine et de tanin et des infrastructures de la période de la guerre de Libération nationale (refuges, tranchées).

A. N. M.

Source : Ecotimes

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