Face à la persistance de l’inflation et au fardeau des dettes, les anciens empires occidentaux vacillent sur leurs certitudes financières. En parallèle, les architectures alternatives du Sud se consolident, redessinant les routes du capital, de l’énergie et des matières premières.
Dans cette recomposition brutale, la quête de souveraineté n’est plus une option doctrinale, mais un impératif de survie.
L’étau monétaire et l’illusion de la relance
L’onde de choc venue de Washington continue d’essouffler les marchés occidentaux. Jeudi 17 septembre 2026, la Réserve fédérale américaine (Fed) a une nouvelle fois resserré sa vis politique en relevant ses taux directeurs de 25 points de base, propulsant les rendements des obligations souveraines américaines à 10 ans vers des sommets à 5,05%.
Comme l’analyse la note conjoncturelle de Rexecode publiée cette semaine, «au défi des tensions sur le marché pétrolier s’ajoute désormais celui de la brutale accélération des taux d’intérêt».
Aux États-Unis, l’activité résiste artificiellement grâce au secteur technologique et aux investissements colossaux dans l’intelligence artificielle, mais l’inflation PCE tenace à 3,7% maintient une chape de plomb sur les ménages.
De l’autre côté de l’Atlantique, la zone euro affiche de profondes fractures industrielles. L’Allemagne tente de porter une timide reprise tirée par son secteur exportateur, mais la France s’enfonce dans l’ornière, pénalisée par des marges budgétaires inexistantes et un indice PMI composite qui stagne sous la barre de contraction à 48,8.
Les tensions énergétiques au Moyen-Orient et les menaces sur les voies maritimes propulsent le baril de pétrole au-delà des 100 dollars. Ce cercle vicieux, combinant taux élevés et explosion du coût des ressources, menace désormais de muter en une crise systémique des dettes publiques européennes.
L’affirmation stratégique face aux barrières du financement
Pendant que l’Occident colmate ses brèches monétaires, le Sud Global accélère sa structuration institutionnelle et ses partenariats transcontinentaux.
À Suez, le renforcement du partenariat stratégique sino-égyptien s’est matérialisé par le lancement de la troisième phase de leur zone économique conjointe, portée par des flux commerciaux bilatéraux atteignant 14,16 milliards de dollars sur les sept premiers mois de l’année. Le Sud ne veut plus seulement exporter ses matières brutes, il exige leur transformation locale.
C’est ce qu’illustre le dispositif exceptionnel annoncé cette semaine par la Banque africaine de développement (BAD), mobilisant jusqu’à 5,1 milliards de dollars pour prémunir le continent contre la flambée des intrants agricoles et consolider la souveraineté énergétique africaine. Toutefois, cette transition vers une autonomie pleine et entière bute encore sur de sérieuses contradictions structurelles.
Les économies majeures du continent, à l’instar du Nigeria, affichent des performances robustes portées par les services et l’agriculture, mais restent prisonnières d’une croissance peu inclusive où la pauvreté stagne à des niveaux élevés.
Le défi du Sud réside précisément dans sa capacité à capter des financements d’envergure dans un monde fragmenté sans aliéner sa liberté politique, un arbitrage complexe alors que le FMI accentue ses pressions sur le calibrage des dépenses publiques des pays en développement.
L’Algérie, ou la force tranquille de la souveraineté industrielle
Au milieu de ce tumulte global, l’Algérie trace son sillon avec une sérénité remarquable, s’appuyant sur des bases macroéconomiques solides et une vision de long terme.
Lors du Conseil des ministres présidé par le chef de l’État Abdelmadjid Tebboune, des directives claires ont été données pour augmenter la production des entreprises nationales afin d’équiper en priorité les chantiers des méga-infrastructures du pays.
L’heure est à l’action concrète : la réalisation des lignes ferroviaires stratégiques, telles que la ligne minière reliant Bled El Hadba au port d’Annaba ou encore le tracé reliant El Meniaa à In Salah et Tamanrasset, démontre l’ambition de désenclavement et d’intégration logistique globale du territoire.
Sur le plan macroéconomique, la trajectoire algérienne force le respect des institutions internationales. La Banque mondiale et le FMI s’accordent sur la robustesse de l’économie nationale, projetant une croissance solide de près de 4% pour l’année 2026, tirée par une production agricole et manufacturière vigoureuse.
Sur le front de l’énergie, le Sahara Blend continue de dominer les prix des bruts arabes, tandis que la Sonatrach opère une percée historique sur le marché du GNL au RoyaumeUni pour pallier le déclin de la production en mer du Nord.
Enfin, l’exécutif dirigé par le Premier ministre Sifi Ghrieb accélère la transition structurelle via la mise en œuvre de la Stratégie nationale de transformation numérique 2025-2030, affirmant ainsi l’émergence d’un État moderne, invincible et maître de ses choix économiques.
Le verdict du dimanche
L’actualité de cette semaine confirme la fin définitive de l’hégémonie monétaire et économique unilatérale. Les nations occidentales, prises au piège de l’inflation et de taux d’intérêt prohibitifs, perdent leur capacité à dicter le tempo du développement mondial.
La véritable création de valeur migre vers les États qui contrôlent leurs ressources, investissent dans leurs infrastructures de base et protègent leur tissu industriel national.
En transformant ses richesses sur son sol et en renforçant son indépendance logistique, l’Algérie prouve qu’elle ne subit pas le nouvel ordre mondial. Plutôt, elle contribue activement à le dessiner.
L. K.




























