Le 27 août dernier, des vents violents ont attisé plusieurs foyers à Jijel, Béjaïa, Tizi-Ouzou, Skikda et Guelma. Malgré la mobilisation conjointe des hélicoptères bombardiers d’eau, des brigades mobiles et de la flotte de l’Armée nationale populaire, les limites de ces interventions ont été cruellement exposées : le bilan de cette seule nuit s’est alourdi à 12 morts, dont un enfant de 8 ans, et à 54 blessés.
Une première vague de feux ayant déjà coûté la vie à 6 personnes le 22 juillet, le bilan total tragique de l’été n’a pas encore été présenté. Il devrait être plus lourd.
Ces deux épisodes dramatiques l’ont rappelé avec une implacable clarté. Au-delà d’un certain seuil de vent et de sécheresse, les moyens de lutte les plus renforcés s’avèrent impuissants à endiguer la propagation des flammes. La démonstration est faite : l’accumulation de moyens d’extinction ne suffit plus.
La véritable clé de la lutte contre les incendies ne réside pas uniquement dans l’abondance de moyens, mais dans l’anticipation et la prévention, seules capables d’empêcher qu’un départ de feu isolé ne dégénère en catastrophe hors de contrôle.
Ce basculement vers l’amont constitue l’axe central des politiques publiques, amorcé par le lancement, le 1er mai de cette même année, d’une campagne nationale de prévention prolongée jusqu’au 30 novembre, soit sept mois de vigilance active.
Treize secteurs ministériels et onze institutions nationales y sont associés, tandis qu’un Comité national de protection des forêts, installé en mars 2026, fédère 14 secteurs et 13 institutions publiques.
Les résultats de la saison 2025 avaient un temps conforté cette approche axée sur l’amont, avec 5 289 hectares parcourus par les flammes, soit une baisse d’environ 90 % par rapport à la moyenne décennale établie à près de 40 000 hectares par an — un chiffre à nuancer toutefois en raison d’une météo plus clémente.
Pour autant, la prévention se heurte encore à des causes humaines massives. Dès le 23 juillet, la direction générale des forêts dressait un constat sévère : depuis le début de la saison estivale, 445 incendies avaient été recensés et plus de 1 500 interventions menées par les services de secours.
En cause, la négligence humaine, qui porte l’essentiel de la responsabilité, oscillant entre l’allumage de feux sans surveillance et l’entretien défaillant des abords des habitations et des routes. Si certains sinistres relèvent d’actes criminels avérés, la grande majorité des départs de feu demeure évitable.
Sur le terrain, la prévention s’appuie désormais sur un arsenal technologique inédit à une telle échelle. Cent quarante drones sont affectés à la détection précoce, épaulés par les images satellitaires de l’Agence spatiale algérienne et par un système d’information géographique croisant les données climatiques pour cartographier les zones à haut risque, tandis que le satellite Alcomsat-1 assure des liaisons sécurisées avec les postes isolés.
Ce dispositif s’ajoute au maillage terrestre traditionnel, composé de 510 tours de guet, de 52 000 kilomètres de pistes destinées à accélérer l’intervention des secours, ainsi que de bandes pare-feu et de points d’eau.
Les moyens d’intervention n’ont pas été délaissés pour autant, même si les faits ont prouvé leur second rôle face aux fournaises. Au quotidien, la Protection civile mobilise près de 3 770 agents répartis en 35 brigades mobiles, appuyés par plus de 700 véhicules spécialisés.
Par ailleurs, le ministre de l’Intérieur, des Collectivités locales et des Transports, Saïd Sayoud, a officialisé, le 29 juin, le recrutement de 3 000 nouveaux sapeurs-pompiers, tandis qu’une simulation grandeur nature menée le 28 juin à Chréa, dans la wilaya de Blida, a mobilisé 220 agents, 42 camions et 8 aéronefs de l’ANP pour tester la chaîne de commandement.
En définitive, face à l’intensité des canicules, aucune flotte aérienne ni aucun renfort terrestre ne vaudra un incendie évité à la source.
Tout l’enjeu réside désormais dans la généralisation de mesures de prévention drastiques, telles que le débroussaillement obligatoire autour des habitations en zones forestières ou la stricte révision des distances réglementaires, des impératifs réclamés avec force après chaque saison endeuillée.
T. A. L.



























