LogoNews
Incendies en Algérie : bilan économique et aides

Incendies en Algérie : bilan économique et aides

  • La solidarité s'est organisée pour aider les sinistrés des wilayas touchées par les incendies de fin août.
  • Les massifs de chêne-liège de Jijel, El Tarf et Skikda ont subi des pertes irréversibles à court terme.
  • Près de 98 % des agriculteurs sinistrés à Jijel ont été recensés par les services agricoles locaux.
  • Les infrastructures électriques, téléphoniques et hydrauliques ont été endommagées, compliquant l'accès aux villages.
  • L'État vise l'indemnisation complète des sinistrés avant le 15 septembre pour soutenir l'économie rurale.

Si les autorités insistent désormais sur la prise en charge des sinistrés et la remise en état des zones affectées, le drame humain demeure au cœur de cette catastrophe. Face à l’ampleur des pertes, un vaste élan de solidarité s’est rapidement organisé à travers les wilayas touchées.

Des citoyens, des associations, des collectivités locales et différents organismes se sont mobilisés pour venir en aide aux familles sinistrées, notamment par la distribution de produits de première nécessité et l’accompagnement des populations ayant perdu leurs habitations ou une partie de leurs moyens de subsistance. Cette mobilisation témoigne de la forte solidarité qui s’est exprimée dans les territoires frappés par les incendies.

C’est désormais la dimension économique de la catastrophe qui domine les préoccupations. Les massifs forestiers de Jijel, d’El Tarf et de Skikda concentrent une part essentielle du patrimoine national de chêne-liège, socle d’une filière dont la région fournirait, selon les acteurs du secteur, jusqu’à 80 % de la production nationale.

Les incendies d’août ont ravagé d’importantes superficies de subéraies, dont certaines sont constituées d’arbres âgés de plusieurs décennies, compromettant pour de longues années la capacité de régénération de cette ressource.

L’économie locale durement affectée

Le chêne-liège nécessite en effet plusieurs années avant de pouvoir faire l’objet d’une exploitation. La destruction de peuplements entiers constitue ainsi une perte qui ne peut être compensée à court terme. Elle risque d’avoir des répercussions directes sur l’activité des leveurs de liège, des transformateurs locaux et de l’ensemble des acteurs intervenant dans cette filière, mais également sur les revenus des populations rurales qui en dépendent.

Ce choc s’ajoute aux dégâts agricoles proprement dits. Les services agricoles de plusieurs wilayas ont lancé de vastes opérations de recensement des exploitants sinistrés, avec des résultats déjà avancés.

À Jijel, près de 98 % des agriculteurs touchés par les derniers incendies ont été recensés et leurs dossiers vérifiés, selon les données communiquées par les autorités locales. Dans les autres wilayas affectées, les opérations d’évaluation se poursuivent également afin d’identifier précisément les pertes et de déterminer les besoins en matière de soutien.

Vergers d’oliviers, cultures maraîchères, ruchers, cheptels et bâtiments d’exploitation figurent parmi les pertes recensées, plongeant de nombreuses familles rurales dans une situation de grande fragilité, à quelques semaines seulement des récoltes d’automne.

Pour ces exploitants, la destruction des terres, des animaux ou des équipements ne représente pas seulement une perte immédiate, mais également une menace pour la reprise de leur activité et leurs revenus dans les prochains mois.

Les réseaux d’infrastructure n’ont pas non plus été épargnés. Des lignes électriques, des poteaux téléphoniques, des canalisations d’adduction d’eau potable ainsi que des installations de télécommunications ont été endommagés, voire détruits, sur plusieurs tronçons dans les zones les plus exposées.

Ces dégâts ont temporairement privé certaines localités d’électricité, de communications et d’approvisionnement en eau, aggravant l’isolement de villages déjà difficiles d’accès et compliquant, dans les premiers jours, l’acheminement des secours ainsi que l’évaluation des dommages.

Les équipes de Sonelgaz, d’Algérie Télécom et de l’Algérienne des eaux ont depuis engagé des travaux de réparation et de remise en état des réseaux. Les opérations se poursuivent notamment dans les zones forestières et montagneuses, où les conditions d’intervention rendent les travaux particulièrement complexes.

À samedi dernier, l’Algérienne des eaux faisait état de 150 kilomètres de réseaux de distribution d’eau réparés dans les zones sinistrées, illustrant l’ampleur des interventions engagées pour rétablir les services essentiels.

L’addition de ces pertes — patrimoine forestier, outil de production agricole et infrastructures de base — pèse directement sur l’économie rurale des wilayas concernées, dont l’activité repose largement sur l’agriculture, l’élevage et la filière bois-liège.

Des emplois saisonniers ont été interrompus, des circuits commerciaux locaux perturbés et de nombreuses petites exploitations familiales doivent désormais être remises sur pied. Dans une région où les alternatives économiques demeurent limitées, la reconstruction de cet outil de production constitue ainsi un enjeu majeur pour préserver les revenus et l’activité des populations rurales.

Face à cette situation, l’État a engagé une mobilisation d’ampleur. Sur instructions du président de la République, Abdelmadjid Tebboune, relayées par le ministre de l’Intérieur, des Collectivités locales et des Transports, Saïd Sayoud, les autorités locales des wilayas sinistrées ont entamé la remise des décisions d’aide financière aux familles touchées, destinées notamment à la réparation ou à la reconstruction des habitations, ainsi que la distribution d’aides en nature aux agriculteurs sinistrés.

Le Croissant-Rouge algérien a, de son côté, apporté des équipements électroménagers, notamment des climatiseurs, réfrigérateurs et chauffe-eau, destinés aux foyers dont les logements ont été endommagés.

Le secteur de l’agriculture a également mobilisé des têtes de bétail et des aliments pour animaux afin de permettre aux éleveurs de reprendre progressivement leur activité, une opération appelée à s’étendre à l’ensemble des wilayas touchées.

Les autorités se sont fixé pour objectif d’achever l’indemnisation de l’ensemble des sinistrés avant le 15 septembre. Un calendrier serré qui traduit la volonté affichée de limiter, autant que possible, les conséquences économiques et sociales durables de ces incendies sur les populations rurales de l’Est du pays.

Au-delà de l’urgence, la reconstruction des exploitations, la restauration des espaces forestiers et la remise en état des infrastructures constituent désormais les principaux défis pour permettre aux territoires affectés de retrouver progressivement leur activité économique.

S. I.

Source : Ecotimes

A lire également