Relevant du groupe public des spécialités chimiques Holding ACS, GPI est le fruit de la récupération d’un actif industriel confisqué, réintégré au secteur public puis relancé en un temps record.
L’usine est implantée sur un terrain de plus de 107 000 m², dont 18 000 m² couverts, dans une wilaya des Hauts Plateaux longtemps restée en marge des grands pôles industriels du pays. L’unité est spécialisée dans la fabrication de composants et accessoires plastiques destinés à l’industrie automobile : pare-chocs, tableaux de bord et diverses pièces d’habitacle.
Sa capacité annoncée est de 30 000 tonnes de plastique par an, un volume suffisant, selon les données communiquées lors de l’inauguration, pour équiper jusqu’à 150 000 véhicules. Le Premier ministre a par ailleurs indiqué qu’à partir de 2027, «plus aucune pièce plastique entrant dans l’industrie automobile qui pourrait être fabriquée chez GPI ne sera importée».
Au-delà de la production elle-même, le projet est présenté par les autorités locales comme un vecteur de création d’emplois qualifiés et de montée en compétences pour une nouvelle génération de techniciens formés aux métiers de l’injection plastique de haute précision.
Un taux d’intégration qui franchit un cap
C’est justement autour de cette question de l’intégration locale que s’est concentrée la communication de FIAT El Djazaïr à l’occasion de l’événement. Dans une déclaration publiée sur LinkedIn, le PDG de la marque, Raoui Beji, a indiqué avoir «rejoint M. Sifi Ghrieb […] lors de l’inauguration de l’usine GPI à Tissemsilt et du début de la production de ses premiers composants plastiques moulés par injection».
FIAT El Djazaïr revendique avoir «soutenu ce projet dès sa création» et avoir été «la première marque automobile à fournir à GPI les moules nécessaires à la production locale» de ces pièces.
Le constructeur a profité de l’occasion pour annoncer que le taux d’intégration des véhicules FIAT assemblés en Algérie dépasse désormais les 30%, contre une fourchette de 20 à 30% évoquée quelques mois plus tôt. Cette progression s’appuie directement sur la montée en puissance du réseau de fournisseurs locaux, dont GPI constitue la dernière pièce en date.
Pour Raoui Beji, cette étape «marque une nouvelle étape importante dans le renforcement de l’écosystème automobile algérien et l’accélération de la stratégie d’intégration locale portée par les autorités publiques».
L’usine de Tissemsilt vient en complément direct du site FIAT de Tafraoui, près d’Oran, où sont assemblés les modèles Doblò Panorama et Grande Panda.
Entrée en production fin 2023, cette usine a vu sa capacité passer de 50 000 à 90 000 véhicules par an, avec deux ans d’avance sur le calendrier initial selon Stellantis, et une extension est en cours pour porter le volume à 135 000 unités d’ici 2028, via l’agrandissement des lignes de ferrage et d’assemblage et la construction d’une nouvelle unité de peinture.
Le groupe Stellantis a également annoncé, en janvier dernier, l’implantation en Algérie d’un second site de production destiné cette fois à sa marque allemande Opel, pour des modèles d’entrée de gamme, avec une mise en service attendue d’ici la fin de l’année. Ce serait la première usine Opel construite hors d’Europe.
Pneumatiques, tôle d’acier : la sous-traitance se densifie
Au-delà de la seule plasturgie, c’est tout un tissu de sous-traitance qui se met en place autour de la filière automobile. À Sétif, le groupe IRIS exploite depuis 2019 la première usine de pneumatiques du pays, présentée comme la première du genre en Algérie et la troisième en Afrique.
Le complexe, né d’un partenariat technologique avec des industriels allemands et finlandais, dispose d’une capacité de deux millions de pneus par an destinés aux véhicules touristiques, commerciaux et semi-lourds.
Sa production, exportée notamment vers l’Espagne et les États-Unis, illustre la capacité d’un fournisseur algérien à répondre aux normes internationales de l’industrie automobile tout en réduisant la dépendance aux importations de pneumatiques.
En matière de matière première, le complexe sidérurgique Tosyali, à Bethioua dans la wilaya d’Oran, a franchi une étape supplémentaire en juillet dernier avec la sortie de sa première bobine d’acier « décapé et huilé » sur sa nouvelle ligne de laminage à froid. Ce produit constitue la matière première nécessaire à la fabrication de tôles destinées, entre autres, aux carrosseries automobiles, mais aussi à l’électroménager et à l’énergie.
Cette nouvelle unité, d’une capacité annoncée de 1,6 million de tonnes d’acier plat laminé à froid, doit consacrer près de la moitié de ses volumes, soit environ 700 000 tonnes par an, aux besoins de l’industrie automobile et de l’électroménager.
La mise en service complète de l’ensemble des lignes de cette quatrième phase d’investissement du groupe est prévue pour les semaines à venir, ce qui permettra de produire localement plusieurs types d’acier jusqu’ici importés : laminé à froid, galvanisé, prélaqué et recuit.
Cette montée en gamme de Tosyali s’inscrit dans la continuité du complexe de tôles d’acier plat, entré en service fin octobre 2024 avec une capacité de 2,5 millions de tonnes par an, et qui a permis au pays de réaliser ses premières exportations de tôles d’acier vers plusieurs pays européens ainsi que vers la Tunisie.
L’arrivée du laminage à froid vient combler un maillon qui manquait encore à la chaîne de valeur locale : celui des aciers à haute valeur ajoutée, plus techniques, que l’industrie automobile et l’électroménager ne pouvaient jusque-là se procurer qu’à l’importation.
Pris ensemble, ces investissements dessinent les contours d’un écosystème qui dépasse le seul assemblage de véhicules pour s’ancrer dans la fabrication de composants et de matières premières stratégiques. Pneumatiques à Sétif, tôle d’acier à Oran, pièces plastiques à Tissemsilt : chaque maillon vient allonger la chaîne de sous-traitance nationale et, par ricochet, faire progresser les taux d’intégration exigés par le cahier des charges de la production automobile.
Reste à voir si le rythme de montée en puissance de ces différentes unités permettra de tenir l’échéance fixée pour 2027 sur les pièces plastiques, et d’accompagner sans à-coups la croissance des volumes assemblés à Tafraoui comme, bientôt, sur le futur site Opel.
S. I.





























