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Djemaa Beni Habibi (Jijel) : Le virage agro-économique

Djemaa Beni Habibi (Jijel) : Le virage agro-économique

Djemaa Beni Habibi sort de l’ombre

Djemaa Beni Habibi, petite perle nichée au cœur de la wilaya de Jijel, incarne parfaitement les mutations de l’arrière-pays de la Kabylie orientale. Située à environ 40 kilomètres à l’est du chef-lieu de la wilaya et à 90 kilomètres au nord-ouest de Constantine, cette commune rurale d’environ 15 000 habitants s’impose aujourd’hui comme un territoire clé.

Alliant une histoire tribale millénaire héritée des Berbères Kutama à une situation géographique stratégique, elle fait face aux défis majeurs du désenclavement et de la modernisation de son économie. À la croisée des dynamiques littorales et montagnardes, la municipalité s’efforce de valoriser ses ressources endogènes pour s’inscrire dans une trajectoire de développement durable et équilibré.

Le relief et le climat

Le territoire de Djemaa Beni Habibi s’étend sur une superficie de près de 48 kilomètres carrés caractérisée par une topographie particulièrement contrastée. La commune est géographiquement ceinturée par le flanc ouest de la majestueuse vallée de l’Oued El-Kebir et dominée par le mont Seddat qui culmine à plus de 930 mètres d’altitude.

Les altitudes varient de manière impressionnante, allant de seulement 10 mètres à proximité des cours d’eau jusqu’aux zones de haute montagne.

Cette configuration crée une succession de massifs accidentés recouverts d’une forêt dense, entrecoupés de plaines agricoles étroites le long de l’oued Djemaa Baoussilit et de l’oued Beni Maazouz. Bénéficiant d’un climat méditerranéen typique de la région jijelienne, la commune jouit d’hivers pluvieux et humides ainsi que d’étés chauds et secs.

Cette forte pluviométrie annuelle alimente un réseau hydrographique dense, mais la configuration montagneuse impose d’importantes contraintes d’aménagement, notamment pour le tracé des infrastructures routières qui serpentent à travers le relief.

La force de l’agriculture

L’activité socio-économique de la commune repose principalement sur un ancrage agricole ancestral qui fait sa renommée à l’échelle régionale. En dépit du manque de grandes plaines alluviales, les agriculteurs locaux ont su tirer parti des moindres parcelles arables pour développer l’arboriculture et le maraîchage.

L’oléiculture demeure le pilier incontestable de cette économie de terroir, avec une production annuelle d’huile d’olive de qualité supérieure estimée à environ 250 000 litres. Parallèlement, Djemaa Beni Habibi s’est imposée ces dernières décennies comme un pôle émergent de la culture de la fraise, générant une récolte annuelle avoisinant les 500 tonnes.

L’élevage, qu’il soit bovin ou caprin, complète ces revenus agricoles réguliers. En dehors du travail de la terre, la population locale s’appuie sur un tissu dynamique d’artisanat traditionnel, notamment dans les secteurs de la confection de vêtements et de la maroquinerie, assurant ainsi le maintien d’un savoir-faire familial et la création d’emplois de proximité.

L’impératif du désenclavement

Malgré sa proximité relative avec les grands axes de la wilaya, la commune subit les contraintes liées à l’isolement de ses nombreuses localités et « machtas » dispersées, à l’image d’El Kaada, Tisbilene ou Tamazrar. Les pouvoirs publics y ont injecté d’importants investissements en matière d’infrastructures de base, de structures éducatives et d’accès aux soins pour stabiliser les populations locales.

Toutefois, le développement de la région reste tributaire de la modernisation de ses voies de communication de montagne. De plus, la municipalité fait face à une vulnérabilité environnementale accrue, exacerbée par les dérèglements climatiques actuels.

Les incendies de forêt récurrents, comme ceux ayant durement touché le territoire en été, rappellent l’urgence de mettre en place des stratégies de gestion des risques naturelles plus efficaces afin de protéger le couvert forestier, les zones agricoles et les habitations isolées.

Les ambitions d’un pôle vert d’avenir

Le potentiel économique futur de Djemaa Beni Habibi réside dans la transition d’une agriculture de subsistance vers une véritable industrie agroalimentaire de transformation. Valoriser localement l’huile d’olive et la filière de la fraise par des unités de conditionnement permettrait de capter une plus grande valeur ajoutée.

Par ailleurs, la richesse écologique de la région, combinant forêts denses, rives fluviales et traditions villageoises, ouvre la voie au développement de l’écotourisme et du tourisme de montagne, une alternative durable pour diversifier les revenus de la municipalité.

En s’appuyant sur l’énergie de sa jeunesse et sur l’amélioration des liaisons routières avec le littoral de Jijel et l’agglomération de Constantine, Djemaa Beni Habibi dispose de tous les atouts pour devenir un modèle de développement rural équilibré au cœur de la Kabylie orientale.

Le choix gagnant des cultures

Au cœur de la wilaya de Jijel, la commune rurale de Djemaa Beni Habibi puise sa force et sa résilience dans la richesse de sa terre. Alors que de nombreuses localités de l’arrière-pays font face à l’exode et à la désindustrialisation, cette collectivité de la Kabylie orientale a su consolider un modèle économique résolument tourné vers les richesses naturelles.

Un secteur unique se détache par son impact social et sa contribution financière, s’imposant comme le véritable moteur de la croissance locale. L’agriculture, pratiquée ici avec passion et adaptation, façonne l’identité et l’avenir de tout un territoire.

Le poids de l’huile d’olive

L’oléiculture constitue le pilier historique et patrimonial de l’économie de Djemaa Beni Habibi. Sur les flancs accidentés du mont Seddat et à travers les reliefs escarpés qui caractérisent la commune, les oliviers s’étendent à perte de vue. Cette culture ancestrale dépasse le simple cadre de l’activité commerciale pour devenir un mode de vie à part entière.

Chaque automne, la saison de la cueillette mobilise des familles entières, unissant les générations autour d’un savoir-faire immuable. Les huileries de la région, qu’elles soient traditionnelles ou modernisées, tournent alors à plein régime pour extraire une huile d’olive vierge réputée pour sa pureté et sa saveur fruitée.

Ce produit phare, largement écoulé sur les marchés de Jijel et des wilayas limitrophes comme Constantine, garantit une sécurité financière cruciale à des centaines de foyers et maintient la vitalité économique de l’arrière-pays.

Le succès de la fraise

Si l’olivier incarne la tradition, la fraisiculture représente la modernité et l’esprit d’innovation des fellahs locaux. Introduite de manière plus récente, la culture de la fraise a transformé le paysage agricole des basses vallées de la commune.

Profitant d’un microclimat particulièrement humide et de la proximité des cours d’eau comme l’oued Djemaa Baoussilit, les agriculteurs ont investi les zones planes pour y développer un maraîchage intensif de haute valeur ajoutée. Les serres tunnels dessinent désormais de longues lignes blanches au fond des vallées, témoignant du dynamisme de cette filière.

En quelques années, Djemaa Beni Habibi est devenue l’un des fournisseurs clés de la région en petits fruits rouges. Cette réussite agricole génère chaque année une activité commerciale intense, attirant les grossistes et créant des centaines d’emplois saisonniers indispensables pour la jeunesse locale.

Les défis de la valorisation et de l’eau

L’avenir de ce secteur économique phare repose désormais sur sa capacité à surmonter des défis structurels majeurs. Le premier enjeu est celui de la transformation locale. Actuellement, une grande partie de la production de fraises et d’huile d’olive est vendue à l’état brut, limitant les gains financiers pour la commune.

L’implantation d’unités de conditionnement, de chaînes de froid et d’industries agroalimentaires de transformation permettrait de capter une valeur ajoutée supérieure. Par ailleurs, la question de la gestion des ressources en eau devient critique sous l’effet des changements climatiques.

Sécuriser l’irrigation des cultures maraîchères pendant les étés de plus en plus secs et protéger le couvert végétal contre les risques d’incendies sont les conditions sine qua non pour pérenniser ce moteur économique indispensable à la prospérité de Djemaa Beni Habibi.

Trois leviers pour la relance

À la croisée des dynamiques de l’arrière-pays jijelien et des ambitions de diversification portées par le nouveau cadre juridique national de l’investissement en Algérie, la commune de Djemaa Beni Habibi amorce une mutation profonde.

Disposant d’un riche patrimoine naturel, d’une paysannerie dynamique et d’une main-d’œuvre locale disponible, cette collectivité de la Kabylie orientale ne veut plus se cantonner à une économie de subsistance.

Grâce à l’amélioration progressive des infrastructures, notamment la mise en service récente de nouveaux ouvrages d’art sur ses cours d’eau pour désenclaver les localités clés, le territoire ouvre grand ses portes aux capitaux privés. Trois axes majeurs se dessinent désormais pour transformer son potentiel naturel en une véritable source de création de richesse durable.

Créer des usines locales

Le premier levier d’investissement, et sans doute le plus évident, réside dans la structuration industrielle de sa production agricole. Avec environ 250 000 litres d’huile d’olive pressés chaque année et plus de 500 tonnes de fraises récoltées dans ses vallées, la commune produit en abondance mais exporte la quasi-totalité de ses richesses à l’état brut.

Pour les investisseurs, il existe ici une opportunité majeure de créer des unités de conditionnement, de réfrigération et de transformation agroalimentaire. L’implantation de chaînes de froid modernes permettrait de réguler les flux de la fraisiculture et d’alimenter les marchés nationaux tout au long de l’année.

De même, la modernisation du secteur oléicole par la création de raffineries de pointe et d’unités de mise en bouteille labellisées ouvrirait la voie à une commercialisation à forte valeur ajoutée, voire à l’exportation.

Ces projets trouveraient une résonance idéale avec les mécanismes de la nouvelle Agence Algérienne de Promotion de l’Investissement (AAPI), qui encourage activement les projets innovants répondant aux besoins de sécurité alimentaire du pays.

L’autre gisement de croissance inexploité de Djemaa Beni Habibi se situe sur ses sommets et au cœur de ses massifs forestiers. Dominée par le mont Seddat, la municipalité offre des paysages escarpés d’une rare beauté qui se prêtent idéalement au développement du tourisme de montagne et de l’écotourisme.

Le tourisme de montagne et l’écotourisme durable

Alors que la wilaya de Jijel fait l’objet d’un vaste plan national d’assainissement et de viabilisation du foncier touristique pour capter les flux nationaux et internationaux, l’arrière-pays cherche à diversifier son offre hors de la saison balnéaire.

Les opportunités d’investissements y sont vastes : construction de gîtes ruraux écologiques, complexes de loisirs familiaux en forêt, centres de thermalisme ou parcs d’attractions intégrés à la nature.

Ces infrastructures légères et respectueuses de l’environnement bénéficient de dispositifs d’aide de l’État, incluant des facilités d’accès au crédit bancaire à taux bonifié pour la réalisation d’établissements touristiques.

L’artisanat manufacturier et le tissu des PME

Au-delà des ressources de la terre et du relief, le potentiel de la commune repose sur le savoir-faire traditionnel de ses habitants, particulièrement dans les secteurs de la confection de vêtements, de la maroquinerie et des métiers de l’artisanat.

L’opportunité réside ici dans le passage de micro-entreprises familiales à des petites et moyennes industries (PMI) modernes et structurées. En investissant dans des ateliers de production mécanique textile ou des unités de traitement du cuir, les entrepreneurs peuvent capter une main-d’œuvre qualifiée et jeune, tout en profitant des infrastructures de jeunesse en plein essor dans la daïra d’El Ancer.

Le renforcement des réseaux de distribution et la numérisation des circuits commerciaux locaux permettraient de projeter cet artisanat vers les grands centres urbains de Constantine et d’Alger, transformant une tradition séculaire en un secteur manufacturier compétitif et créateur d’emplois durables.

L’enclavement face au climat

Derrière la beauté sauvage de ses paysages et la vitalité de son agriculture, la commune de Djemaa Beni Habibi fait face à des obstacles structurels qui freinent son épanouissement économique.

Située dans l’arrière-pays montagneux de la wilaya de Jijel, cette collectivité de la Kabylie orientale doit composer avec un enclavement géographique persistant et une vulnérabilité environnementale accrue.

Pour transformer son potentiel en richesse durable, la municipalité se heurte quotidiennement à des réalités de terrain exigeantes qui nécessitent des réponses publiques et privées d’envergure.

Le problème des routes

L’enclavement demeure le défi majeur de Djemaa Beni Habibi. Le relief accidenté de la commune, caractérisé par des massifs escarpés et des vallées profondes, complique l’extension et la modernisation du réseau routier.

Les nombreuses localités et « machtas » dispersées sur le territoire souffrent d’une accessibilité limitée, particulièrement durant la saison hivernale où les intempéries dégradent fortement les chaussées.

Cet isolement géographique engendre un surcoût logistique important pour les agriculteurs locaux, qui peinent à acheminer rapidement leurs productions d’huile d’olive ou de fraises vers les grands centres de consommation de Jijel ou de Constantine.

De plus, le déficit en infrastructures de stockage, notamment en chambres froides, accentue la fragilité de l’économie locale en obligeant les producteurs à écouler leurs récoltes à la hâte, souvent à des prix peu avantageux, faute de circuits logistiques modernes et fluides.

Le manque d’eau et les feux

La seconde contrainte majeure qui pèse sur l’avenir de la commune est d’ordre environnemental. Djemaa Beni Habibi subit de plein fouet les effets du dérèglement climatique, qui se manifestent par une récurrence alarmante des incendies de forêt durant l’été.

Ces sinistres à répétition consument régulièrement le couvert végétal, détruisent des oliveraies ancestrales et menacent directement les habitations isolées. Parallèlement, la gestion de l’eau est devenue critique. Bien que la commune soit traversée par d’importants cours d’eau, le manque d’infrastructures de retenue et d’irrigation moderne pénalise fortement la fraisiculture et le maraîchage lors des périodes de sécheresse prolongée.

La surexploitation des nappes phréatiques et l’érosion des sols sur les flancs du mont Seddat menacent à long terme la durabilité de la terre, le pilier nourricier sur lequel repose toute l’économie de la région.

H. O.

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