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Défi de l’inclusion numérique : 66 % des Africains restent hors ligne

Défi de l’inclusion numérique : 66 % des Africains restent hors ligne

  • 66 % de la population africaine reste hors ligne selon les données de la GSMA.
  • Le coût élevé des smartphones et des forfaits de données empêche l'accès à internet.
  • Au Nigeria, 140 millions de citoyens couverts sont déconnectés ; en Éthiopie, 100 millions.
  • La fracture numérique freine la croissance économique et limite l'emploi et les services.
  • Les experts recommandent de baisser les taxes et d'encourager des financements innovants.

Ce chiffre vertigineux représente 66 % de la population régionale, selon les dernières données de l’association mondiale des opérateurs télécoms (GSMA). Alors que les infrastructures physiques ont progressé à pas de géant ces dernières décennies, la fracture numérique a radicalement changé de visage.

Le problème majeur n’est plus le manque de pylônes ou de signal dans les zones rurales, mais l’incapacité flagrante des populations à franchir la barrière économique qui mène au monde virtuel.

À l’inverse de cette immense majorité silencieuse, à peine 110 millions d’habitants, soit 9 % de la population, vivent encore totalement hors de portée d’un signal mobile. La connectivité est là, invisible mais omniprésente, mais elle reste désespérément hors de portée des portefeuilles africains.

Des smartphones trop chers

Pour comprendre pourquoi tant de citoyens tournent le dos à une technologie pourtant disponible au-dessus de leurs têtes, il faut d’abord analyser le coût du ticket d’entrée. Le premier obstacle majeur reste le prix d’achat d’un smartphone, même d’entrée de gamme.

Pour un ménage vivant en dessous du seuil de pauvreté ou dépendant de l’économie informelle, l’acquisition d’un téléphone intelligent représente une dépense astronomique, équivalente à plusieurs mois de revenus.

Malgré l’apparition de modèles à bas coût venus d’Asie, les taxes d’importation élevées et l’inflation locale maintiennent ces appareils dans la catégorie des produits de luxe. Sans cet outil indispensable, la 4G déployée par les opérateurs reste une promesse abstraite.

À cela s’ajoute le coût récurrent des forfaits de données internet. Dans de nombreux pays de la région, le prix d’un gigaoctet de données dépasse largement le seuil d’accessibilité financière fixé par les Nations Unies, qui stipule que l’internet mobile ne devrait pas coûter plus de 2 % du revenu mensuel moyen par habitant.

Des millions de déconnectés

Ce fossé entre la couverture réseau et l’usage réel se manifeste de manière spectaculaire dans les économies les plus peuplées du continent. Le Nigeria, géant économique de l’Afrique de l’Ouest, illustre parfaitement cette impasse avec environ 140 millions de ses citoyens qui sont techniquement couverts par les réseaux de télécommunications mais qui demeurent totalement déconnectés.

En Éthiopie, le deuxième pays le plus peuplé du continent, le constat est tout aussi alarmant avec près de 100 millions d’habitants laissés en marge du web.

Même des nations considérées comme des championnes de la tech et des infrastructures, à l’image du Sénégal où la couverture 4G frôle les 97 % du territoire national, voient plus de la moitié de leur population rester hors ligne.

Ces chiffres nationaux cachent souvent de profondes disparités de genre et de géographie, les femmes et les populations rurales étant systématiquement les premières victimes de cette exclusion numérique.

Une économie freinée

Cette déconnexion de masse a des conséquences dramatiques sur la trajectoire de croissance du continent africain. À l’ère de l’économie numérique, ne pas avoir accès à internet signifie être exclu des services financiers modernes comme le paiement mobile avancé, des plateformes d’éducation en ligne, et des applications de télémédecine qui pourraient pallier le manque d’infrastructures sanitaires.

Pour la jeunesse africaine, qui représente la population la plus dynamique au monde, l’absence de compétences numériques et d’accès au réseau limite l’employabilité et étouffe l’esprit d’entreprise.

Les petites et moyennes entreprises, qui constituent le cœur économique de la région, se voient privées de débouchés commerciaux régionaux et internationaux, ce qui ralentit considérablement la productivité globale et la création d’emplois durables.

Baisser les taxes

Face à l’urgence de la situation, les experts s’accordent à dire que la solution ne viendra pas uniquement des forces du marché. Une action publique forte et coordonnée est indispensable pour inverser la tendance.

Les gouvernements africains doivent impérativement repenser leur fiscalité sur le secteur des télécommunications, en baissant notamment les taxes douanières sur les smartphones importés et en réduisant les redevances imposées aux opérateurs.

En parallèle, des mécanismes de financement innovants, tels que le microcrédit ou le paiement échelonné pour l’achat de téléphones, doivent être massivement encouragés. De leur côté, les opérateurs et les fabricants de puces mondiaux sont appelés à concevoir des terminaux encore moins gourmands en énergie et plus abordables.

C’est uniquement à travers cette synergie globale que le réseau mobile cessera d’être un mirage technologique pour devenir un véritable moteur d’inclusion sociale et d’émancipation économique pour les 820 millions d’Africains aujourd’hui oubliés du web.

R. A.

Source : Ecotimes

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