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Algérie-Paris : La lourde facture que Paris cache

Algérie-Paris : La lourde facture que Paris cache

Le nombre d’entreprises françaises exportatrices vers l’Algérie qui ont déposé le bilan pendant la seule crise de 2025, selon les données reprises par le think tank français, s’élève à 600. Un chiffre rarement cité dans le débat parisien, où la relation avec Alger se discute en termes de fermeté et de visas, jamais en euros.

Les auteurs, l’ancien ambassadeur Michel Duclos et Augustin Motte, en font pourtant l’un des fils conducteurs de leur note : la crise diplomatique a un coût, et il est majoritairement supporté par le tissu économique français.

Ainsi, quelque 5 000 entreprises françaises exportent vers l’Algérie, et un tiers d’entre elles y réalisent plus du quart de leur chiffre d’affaires. Il s’agit pour beaucoup de PME tenues par des binationaux, sans autre marché de repli. Quand la relation se tend, ce sont elles qui encaissent.

Le précédent espagnol, rappelé par la note, avait valeur d’avertissement : après la rupture commerciale décidée par Alger en 2021, Madrid avait enregistré près de 100 millions d’euros de pertes mensuelles et dû affronter la colère de ses petits entrepreneurs. Paris a choisi de ne pas en tirer de leçon.

Le blé offre selon la note l’illustration la plus nette. Sur un marché d’un milliard d’euros, la France assurait 80 à 90% des approvisionnements algériens jusqu’en 2019.

Sa part est aujourd’hui tombée à 30 %, captée notamment par la Russie. Une bascule structurelle, pas conjoncturelle : les circuits logistiques et les habitudes d’achat, une fois réorientés, ne reviennent pas sur une déclaration ministérielle.

L’industrie suit le même mouvement. Michelin a annoncé son retrait dès janvier 2025. Renault, dont l’usine d’Oran est à l’arrêt depuis 2020 faute d’intégration locale suffisante, a vu le terrain occupé par FIAT, autorisé en 2024 à ouvrir à Tafraoui une unité qui vise 90.000 véhicules par an en 2026. La note reconnaît explicitement que le constructeur français a « subi de plein fouet le contrecoup de la crise des relations bilatérales ».

Une présence sous-calibrée, des concurrents installés

Le résultat d’ensemble est modeste. Les échanges bilatéraux plafonnent à 11 milliards d’euros en 2024, environ 5 % du PIB algérien. La France ne compte que 2,8 milliards d’euros de stock d’IDE en Algérie — soit le même montant qu’en Tunisie, dont le PIB est cinq fois inférieur, et un tiers du niveau marocain (8,4 milliards).

Les entreprises françaises y sont quatre fois moins nombreuses qu’au Maroc ou en Tunisie. L’Algérie n’est plus que le 3ᵉ partenaire français de la zone Afrique du Nord–Moyen-Orient.

Pendant ce temps, la Turquie revendique le premier rang des investisseurs avec 4 milliards d’euros d’IDE et plus de 800 entreprises actives, la Chine capte les grands contrats d’infrastructure, et l’Italie — devenue premier client des hydrocarbures algériens après ses accords d’avril 2022 renforcés en mars 2026 — engrange les dividendes de la méfiance franco-algérienne.

Reste l’argument énergétique, souvent brandi à Paris. Il ne tient pas davantage : la France n’importe que 12 % de son gaz naturel et 9 % de son pétrole d’Algérie, qui n’est que son 4ᵉ fournisseur pour chacune de ces ressources. L’Hexagone ne peut donc ni faire pression par ses achats, ni prétendre à un statut de client stratégique.

K. B.

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