À près de 1 400 kilomètres au sud d’Alger, la wilaya d’Adrar change de visage. Ce territoire saharien, longtemps associé à son isolement et à ses palmeraies traditionnelles, s’affirme aujourd’hui comme un terrain d’expérimentation grandeur nature pour la stratégie algérienne de souveraineté alimentaire et de diversification économique hors hydrocarbures.
Entre le mégaprojet agro-industriel Baladna, l’essor du tourisme saharien et l’accélération du programme solaire national, la région cumule les chantiers structurants et les créations d’emplois.
Baladna, locomotive d’une révolution agricole et de milliers d’emplois
Le symbole le plus spectaculaire de cette transformation reste le projet algéro-qatari Baladna, implanté sur « 117 000 hectares » dans la commune de Tamest, au sud d’Adrar.
Porté par un investissement global de « 3,5 milliards de dollars » et associant le groupe qatari Baladna à l’Algérie via le Fonds national d’investissement, ce complexe intégré ambitionne, à pleine capacité, une production annuelle dépassant « 01 milliard de litres » de lait, avec un cheptel cible pouvant atteindre «270 000 vaches» laitières.
Selon les données communiquées par la société, le projet pourrait à terme couvrir jusqu’à «50 %» des besoins nationaux en poudre de lait, réduisant d’autant la facture d’importation du pays.
Le projet, qui a franchi cette année plusieurs étapes concrètes, illustre une montée en puissance progressive plutôt qu’un effet d’annonce. Après la signature en avril d’un deuxième lot de contrats de plus de « 635 millions de dollars » destinés au génie civil et aux infrastructures d’hébergement, la première récolte expérimentale d’orge a été lancée en mai sur un périmètre pilote de « 300 hectares » irrigués sous pivot.
Début septembre, le projet est entré dans une phase résolument tournée vers l’humain : une vaste campagne de recrutement a été lancée à Adrar pour constituer, d’ici 2027, une équipe de plus de « 1 000 collaborateurs » dans l’agriculture, l’élevage laitier et la production industrielle.
Un pont aérien doit par ailleurs acheminer, à partir de novembre, « 30 000 » vaches laitières depuis les États-Unis, une opération inédite qui confirme l’ambition du projet et son impact attendu sur l’emploi local et régional.
Cette dynamique agricole ne se limite pas à Baladna. Dans le sillage de la stratégie nationale de souveraineté alimentaire, la région bénéficie également d’un partenariat portant sur la production de blé dur et de légumineuses sur des dizaines de milliers d’hectares répartis entre Adrar et Timimoun, confirmant la vocation de ce grand Sud à devenir l’un des principaux bassins céréaliers du pays, aux côtés de sa culture historique de la datte, la wilaya comptant environ un million et demi de palmiers.
Tourisme, énergie et diversification : une économie oasienne en mutation
L’agro-industrie n’est pas le seul moteur de la relance économique d’Adrar. Le secteur touristique connaît lui aussi une accélération notable. En juin, la ministre du Tourisme et de l’Artisanat a inauguré à Adrar le complexe touristique Foggara, un hôtel cinq étoiles de « 150 lits » répartis entre chambres, suites et suite présidentielle, réalisé dans le cadre de la politique de valorisation des biens récupérés.
Trois autres projets hôteliers sont en phase avancée de réalisation dans la wilaya, avec une réception prévue avant la fin de l’année, ce qui devrait porter la capacité d’accueil touristique de la région à plus de « 2 000 lits ». Sur le seul complexe Foggara, « 90 postes » directs doivent être créés, avec un recrutement local déjà engagé en coordination avec l’Agence nationale de l’emploi.
Cette dynamique s’inscrit dans une politique plus large de valorisation des zones sahariennes, l’Agence algérienne de promotion de l’investissement ayant identifié plusieurs wilayas du Sud, dont la région d’Adrar, parmi les territoires destinés à recevoir des assiettes foncières pour des projets touristiques.
La wilaya profite également de l’accélération du programme solaire national. Grâce à un fort ensoleillement dépassant « 3 000 heures » par an, la région figure parmi les sites stratégiques ciblés par le plan national de développement des énergies renouvelables, aux côtés de Hassi R’Mel, dans le cadre de l’objectif national de plusieurs milliers de mégawatts de capacité photovoltaïque à l’horizon 2026-2027.
Cette diversification énergétique s’ajoute à un cadre incitatif favorable : la région bénéficie des régimes d’avantages fiscaux dédiés aux zones du Sud, conçus pour attirer les investissements structurants dans l’agriculture, l’industrie et le tourisme.
Au croisement de l’agro-industrie, du tourisme et des énergies renouvelables, Adrar illustre ainsi un modèle de développement territorial où les grands projets nationaux se traduisent, sur le terrain, par des emplois concrets et une économie locale en pleine recomposition.
Reste à transformer ces chantiers en dynamique durable, à mesure que les infrastructures de désenclavement, d’eau et d’électricité continueront d’accompagner cette montée en puissance économique du grand Sud algérien.
S. I.




























