Un paradoxe sans doute renseigne sur les efforts qui restent à faire dans l’amélioration de ce service public en matière de gestion des réseaux d’adduction, de fuites, de branchements illicites et d’autres insuffisances. Car, depuis le début des années 2000, les investissements colossaux consentis par l’État dans le secteur des ressources en eau ont porté leurs fruits.
Barrages, stations de dessalement d’eau de mer et grands transferts hydrauliques ont permis d’atteindre une capacité de mobilisation de la ressource inédite dans l’histoire du pays. En matière de réserves d’eau brute, les résultats sont probants et tangibles.
Alors que le stress hydrique s’impose comme l’un des défis majeurs du 21e siècle, l’Algérie a déployé une stratégie hydraulique d’une ampleur inédite. En combinant usines de dessalement côtières, interconnections de barrages et mégaprojets de transfert sahariens, le pays érige le segment de la mobilisation de l’eau en pilier central de sa sécurité hydrique et alimentaire.
Face à une sécheresse chronique, inscrite dans le phénomène général des changements climatiques affectant plusieurs régions du monde et principalement la Méditerranée, l’Algérie a choisi de ne plus faire dépendre son approvisionnement en eau potable des seuls aléas pluviométriques. Le pays s’est engagé dans un programme massif de construction de stations de dessalement d’eau de mer (SDEM) le long de ses 1 200 km de côtes.
L’objectif affiché par les autorités est clair. Il s’agit de porter la couverture des besoins nationaux en eau potable par le dessalement à plus de 42 % à court terme, puis à 60 % à l’horizon 2030. Il y a lieu de signaler que le parc national compte plus de 28 stations opérationnelles totalisant une capacité supérieure à 4,2 millions de m³/jour, capables d’alimenter plus de 15 millions d’habitants.
Ces infrastructures ont coûté au trésor public près de 8 milliards de dollars. D’autres financements sont mobilisés pour le transfert de l’eau de certaines unités vers l’intérieur du pays sur des profondeurs pouvant aller jusqu’à 250 km de linéaire.
En alimentant les grandes agglomérations côtières grâce à l’eau de mer, l’Algérie marque une victoire stratégique consistant en la libération d’importants volumes d’eau douce retenus dans les barrages, permettant de réorienter ces ressources conventionnelles vers l’agriculture maraîchère et céréalière.
Transfert inter-barrages et « aqueduc » In Salah-Tamanrasset
Les grands transferts hydrauliques, entamés dès le début des années 2000, ont pour objectifs l’irrigation au niveau des Hauts‑Plateaux et d’autres régions de l’intérieur du pays, sachant que la stratégie de mobilisation de la ressource hydrique ne s’arrête pas au bord de la mer.
L’enjeu fondamental réside dans le rééquilibrage territorial, amenant les pouvoirs publics à faire transporter la ressource des zones excédentaires ou des unités de dessalement vers les régions de l’intérieur et les Hauts‑Plateaux qui sont en déficit hydrique. Ainsi, le barrage de Beni Haroun entre dans le complexe qui dessert une partie de l’est algérien (Mila, Sétif, Batna…).
Les barrages de Jijel, principalement celui d’Erraguène, et de Béjaïa (Ighil Emda), alimentent le transfert sur les plaines de Sétif, tandis que dans le système Macta‑Arzew‑Oran (MAO), c’est un volume de 155 millions de mètres cubes/an qui est refoulé à partir des barrages de Chelif et Kerrada (45 millions de m³ pour Mostaganem et 110 millions de m³ pour Oran) avec un dispositif de barrages mixtes de dérivation, de stations de traitement et d’adductions, le tout interconnecté aux stations de dessalement de la côte Ouest.
Au Grand Sud, l’Algérie a réalisé sans doute le « projet du siècle » en défiant la nature saharienne par la réalisation d’un projet de mobilisation d’eau souterraine à In Salah et son transfert vers le sud, à Tamanrasset, sur une distance de 750 km formant un véritable « aqueduc du désert ».
C’est l’une des réalisations et des ingénieries les plus spectaculaires qu’ait eu à financer le budget de l’État algérien en puisant l’eau dans la nappe profonde du Continental intercalaire, en la déminéralisant via des stations dédiées à cette fonction et en la propulsant à travers le relief désertique.
Ainsi, l’extrême sud du pays a été désenclavé sur le plan hydrique. Le renforcement continu de ces infrastructures — notamment avec l’ajout de nouvelles unités de déminéralisation — consolide le développement socio‑économique, agro‑pastoral et minier de ces régions frontalières cruciales.
Ce maillage en forme de « toile d’araignée » hydraulique, où se combinent les eaux des barrages, les transferts inter‑barrages, les stations de dessalement, l’exploitation/transfert des eaux souterraines du Sahara, constitue une clé pour la sécurité hydrique du pays.
L’attention est aujourd’hui orientée vers la gestion des réseaux, leur sécurisation, leur maintenance, leur entretien et le management de la gestion de la ressource, y compris le mode de tarification dans un système de concertation avec les pouvoirs publics de façon à assurer l’accès à l’eau potable à l’ensemble des citoyens.
A. N. M.




























