C’est au siège du ministère de l’Environnement que la ministre Kaouther Krikou a présidé, ce lundi, une rencontre nationale intitulée «La Contribution Déterminée au niveau National… engagement et adaptation pour un environnement durable».
L’événement a réuni des représentants du ministère des Affaires étrangères, des institutions nationales et onusiennes, ainsi que le corps diplomatique accrédité en Algérie, pour officialiser un dépôt effectué en juin 2026 auprès du secrétariat de la CCNUCC.
Ce document, fruit d’un travail interministériel piloté par le Comité National Climat, fixe la feuille de route climatique du pays jusqu’en 2035. La ministre a insisté sur le fait que cette démarche s’inscrit dans la vision stratégique du président de la République visant à ancrer la dimension environnementale dans la trajectoire de développement national, tout en consolidant la place de l’Algérie comme partenaire responsable dans l’effort climatique mondial.
Deux trajectoires, un appel clair au soutien international
Le cœur de la CDN algérienne repose sur une architecture à deux vitesses. Sur ses seules ressources internes, l’Algérie s’engage à réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 14 % d’ici 2035 par rapport à un scénario de référence tendanciel. Mais avec un appui international structuré — financements, transferts de technologies, renforcement des capacités —, cet objectif pourrait grimper à 31 %, soit plus du double.
Le prix de cette ambition rehaussée est chiffré avec précision : 24 milliards de dollars sont nécessaires sur la période 2026-2035 pour financer les mesures conditionnelles, dont environ 2,4 milliards de dollars par an en moyenne. À cela s’ajoutent les besoins d’adaptation, estimés à 1,1 milliard de dollars annuels, portant notamment sur la gestion de l’eau, la résilience agricole et la prévention des risques climatiques.
L’UE et la GIZ saluent une démarche participative
Dans un communiqué conjoint, la délégation de l’Union européenne en Algérie et la Deutsche Gesellschaft für Internationale Zusammenarbeit (GIZ) ont adressé leurs félicitations à l’Algérie pour ce dépôt, qu’elles présentent comme une étape importante dans la mise en œuvre de l’Accord de Paris.
Les deux institutions ont particulièrement salué l’approche participative et multisectorielle ayant présidé à l’élaboration du document, issue de larges concertations entre institutions nationales et parties prenantes.
Le chargé d’affaires de la délégation européenne a réaffirmé l’engagement de l’UE à accompagner l’Algérie dans cette dynamique, soulignant le rôle central que joue le pays dans la gouvernance climatique régionale.
Bruxelles et Berlin identifient trois axes stratégiques prioritaires pour structurer leur appui : l’atténuation et la transition énergétique, le renforcement de la résilience et de l’adaptation, avec un accent marqué sur la gestion intégrée des ressources hydriques, et enfin le capital naturel, à travers la protection de la biodiversité, la préservation des forêts et la promotion de l’économie circulaire.
Les équipes de la GIZ et de la délégation européenne ont par ailleurs annoncé leur intention de traduire ces priorités stratégiques en projets concrets sur le terrain, aux côtés des institutions algériennes.
Énergies renouvelables : le grand chantier du partenariat euro-algérien
C’est sur le terrain de l’énergie que les implications de cette CDN sont les plus tangibles pour la coopération avec l’Europe. Le document confirme l’objectif national de 15 000 MW d’énergies renouvelables installées à l’horizon 2035, principalement solaires et, dans une moindre mesure, éoliennes.
Un premier palier de 3,2 GW de centrales photovoltaïques, financé sur ressources propres, doit être mis en service progressivement à partir de 2025. Mais l’essentiel du potentiel — 11,8 GW supplémentaires pour atteindre les 15 GW visés — reste conditionné à un appui international massif.
Le besoin de financement pour la seule décarbonation du secteur électrique est estimé à 9,84 milliards de dollars sur 2026-2035, ce qui en fait le premier poste de financement conditionnel de la CDN, devant l’efficacité énergétique du bâtiment (7,9 milliards) et le transport (3,7 milliards).
Ce chantier électrique s’articule autour de plusieurs composantes que les partenaires européens pourraient accompagner : construction de parcs solaires et éoliens dans les régions à fort potentiel, renforcement des infrastructures de transport d’électricité, intégration de systèmes de stockage, et formation aux nouveaux métiers de la transition énergétique.
Une répartition qui correspond assez directement aux domaines d’expertise traditionnels de la GIZ en Algérie, déjà engagée sur plusieurs programmes liés aux renouvelables et à l’efficacité énergétique.
Le secteur des transports figure également parmi les priorités conditionnelles, avec l’électrification progressive du parc automobile, le développement des infrastructures de recharge et la modernisation des réseaux de transport collectif : métro, tramways, téléphériques, bus électriques et rail.
Autant de segments où les mécanismes de coopération bilatérale et les financements climatiques, notamment via le Fonds Vert pour le Climat, pourraient être mobilisés dans les prochaines années.
Vers une mise en œuvre coordonnée
Du côté des Nations Unies, la coordinatrice résidente en Algérie, Savina Ammassari, a estimé que cette nouvelle CDN marque une augmentation significative de l’ambition climatique du pays et ouvre la voie à une action accélérée, adossée à une coopération internationale renforcée.
Le système des Nations Unies a réaffirmé son engagement à appuyer la mise en œuvre de ces engagements à travers une expertise technique et des partenariats stratégiques coordonnés.
Pour l’Algérie, l’enjeu des prochains mois sera de transformer cette ambition affichée en instruments de financement concrets. Le document prévoit notamment un recours volontaire aux mécanismes de coopération de l’article 6 de l’Accord de Paris pour mobiliser les financements conditionnels, tandis que le Plan National d’Adaptation, actuellement en préparation et dont l’adoption est prévue prochainement, viendra préciser les besoins sectoriels et les modalités de mobilisation des ressources.
Reste que la mise en musique de ces annonces dépendra largement de la capacité des bailleurs — Union européenne, Allemagne via la GIZ, mais aussi Fonds Vert pour le Climat et institutions multilatérales — à traduire rapidement leurs déclarations de soutien en engagements financiers tangibles, alors que l’Algérie elle-même souligne le poids de certaines mesures commerciales climatiques unilatérales sur sa marge de manœuvre économique.
S. I.
Ce que révèle la Contribution Déterminée au niveau National
Déposée en juin 2026 auprès de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques, la nouvelle CDN algérienne fixe une trajectoire à l’horizon 2035, avec 2020 comme année de référence.
Sur ses seules ressources internes, l’Algérie s’engage à réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 14 % par rapport au scénario tendanciel (BaU), un objectif pouvant atteindre 31 % sous réserve d’un appui international en financement, technologies et renforcement des capacités, soit près de 720 MtCO2eq d’émissions cumulées évitées entre 2020 et 2035, contre 346 MtCO2eq dans le seul scénario inconditionnel.
Le besoin de financement conditionnel s’élève à 23,94 milliards de dollars sur 2026-2035, répartis principalement entre la décarbonation de la production électrique (9,84 milliards), l’efficacité énergétique du bâtiment (7,9 milliards), le transport (3,7 milliards), les industries grandes consommatrices d’énergie (1,11 milliard) et la réduction des émissions fugitives de méthane (690 millions).
L’objectif national est de porter la capacité en énergies renouvelables installées à 15 000 MW d’ici 2035, contre 3,2 GW de solaire photovoltaïque déjà en cours de déploiement sur fonds propres.
Côté adaptation, les besoins sont estimés à 1,1 milliard de dollars par an, avec cinq priorités : ressources en eau, résilience agricole, protection des écosystèmes, santé publique et gestion des risques climatiques. Le pays rappelle sa vulnérabilité structurelle : sécheresses, stress hydrique et désertification touchent déjà l’agriculture, dont les rendements ont chuté de 20 à 30 % selon les cultures.
Source : Contribution Déterminée au niveau National ALGERIE
S. I.




























