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FIFA : Infantino et Eto’o, le piège des capitaux (Avec Sol)

FIFA : Infantino et Eto’o, le piège des capitaux (Avec Sol)

Le cinéaste et essayiste camerounais Jean-Pierre Bekolo a le mérite de poser, sans détour, une question que beaucoup préfèrent éviter : que signifie réellement le soutien de Samuel Eto’o au projet de Gianni Infantino d’ouvrir davantage le football mondial aux capitaux privés ? Pour Bekolo, il ne s’agit pas
d’une simple manœuvre diplomatique. Ce soutien traduit une conception du pouvoir : plutôt que de transformer un système dominé par les puissances financières, il faudrait y entrer et s’y faire une place. Autrement dit, ne plus combattre le système, mais négocier son droit d’entrée dans le cercle des dominants.

C’est précisément là que son analyse mérite d’être soutenue. Le football africain fournit depuis des décennies une matière première exceptionnelle : ses joueurs, ses talents, son public et son immense marché. Mais où se trouve la propriété africaine de cette richesse ? Qui contrôle les clubs, les droits TV, les grandes plateformes, les infrastructures et, surtout, la circulation de l’argent ? L’arrivée de capitaux privés dans le football n’est pas condamnable en soi. La véritable question est de savoir qui les possède, qui les contrôle et qui en bénéficiera.

Si l’Afrique continue de produire les talents pendant que la valeur ajoutée est captée ailleurs, la financiarisation du football ne fera que moderniser une vieille relation de dépendance. L’argument de Bekolo est donc essentiel : la réussite individuelle d’un Africain, aussi éclatante soit-elle, ne constitue pas une émancipation collective. Entrer dans le «game» n’est pas posséder le jeu. Le débat autour d’Infantino dépasse ainsi la personne de Samuel Eto’o.

Il pose une question fondamentale au football africain : voulons- nous simplement que quelques Africains prennent place à la table des puissants, ou voulons-nous enfin que l’Afrique possède une part réelle de la richesse qu’elle contribue à créer ? C’est toute la pertinence de la charge de Jean-Pierre Bekolo : changer les occupants du système ne suffit pas si les règles, les structures de propriété et les rapports de domination restent les mêmes.
– AVEC SOL

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