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ALG : Quand 5 000 euros de plus deviennent un exploit ( Ahmed Bessol)

ALG : Quand 5 000 euros de plus deviennent un exploit ( Ahmed Bessol)

 Info ou intox ? À lire certaines informations qui circulent, le marché des transferts algérien est décidément devenu un monde à part. Et le feuilleton Adam Ounas au MC Alger en fournit un nouvel épisode pour le moins savoureux. Après une première offre de 75 000 euros mensuels, jugée insuffisante puisque le clan du joueur aurait demandé autour de 100 000 euros, le Mouloudia aurait décidé de… faire un effort supplémentaire. Tenez-vous bien : 5 000 euros de plus !

La nouvelle proposition atteindrait ainsi 80 000 euros par mois, soit près de 960 000 euros par an, avant même de parler des primes et autres avantages éventuels. Le tout serait facilité par un «montage financier» auquel les sponsors auraient été associés. Voilà donc présenté comme une preuve de détermination ce qui ressemble surtout à une course au toujours-plus. On se demande alors si le football algérien a encore des limites ?

Il faudra naturellement attendre la signature éventuelle du contrat pour savoir si cette information est exacte. Mais si elle venait à se confirmer, elle poserait une question autrement plus sérieuse que celle de savoir si Adam Ounas acceptera ou non les 80 000 euros. Jusqu’où peut-on aller ? Car pendant que l’on se félicite de trouver quelques milliers d’euros supplémentaires pour convaincre un joueur, le football algérien continue de fonctionner avec une économie qui mérite, elle aussi, un sérieux coup de sifflet.

Il fut un temps où l’on cherchait à dégraisser le mammouth. Dans le football algérien, on semble parfois avoir choisi la méthode inverse : on nourrit le mammouth, puis on cherche des sponsors pour lui trouver une nouvelle portion. Et voilà comment une augmentation de 5 000 euros par mois devient une «ultime proposition», presque un acte héroïque de gestion.

Le plus étonnant est peut-être ailleurs. Ce genre d’information est généralement présenté sans la moindre interrogation sur la logique économique de l’opération. On annonce le montant, on souligne l’effort du club, on met le joueur devant ses responsabilités et, surtout, on transforme une négociation salariale en feuilleton à suspense. Le joueur hésite. Le club augmente. Les sponsors accompagnent. Les médias applaudissent. Et le football, lui, continue de payer.

Doit-on conclure qu’Il existe une complicité Manager-média ? C’est ici que le malaise commence. Car à force de présenter chaque nouvelle offre comme un événement, certains récits donnent parfois l’impression que la communication du manager et celle de certains médias ne font plus qu’une. Une information lancée, une offre revalorisée, un montant dévoilé, puis un nouveau chapitre : «désormais, la balle est dans le camp du joueur». Pourquoi pas.

Mais il faudrait alors aussi poser la question inverse : qui a intérêt à ce que cette histoire soit racontée de cette manière ? Si Ounas signe, ce sera une opération réussie. S’il ne signe pas, on pourra toujours expliquer que le club aura « tout tenté ». Dans les deux cas, le feuilleton aura fait son travail. Et si l’on parlait enfin de gestion ? Le problème n’est évidemment pas Adam Ounas. Ni même le MC Alger, qui
est libre de négocier selon ses moyens et ses objectifs.

Le problème est cette banalisation de sommes qui, pour un joueur, peuvent sembler extraordinaires mais qui, rapportées à l’économie réelle du football algérien, devraient au minimum susciter quelques questions. Dans un football qui aurait bien besoin de dégraisser son mammouth, il serait peut-être temps de distinguer l’investissement sportif de la surenchère médiatique.

– AHMED BESSOL

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