Le forage du puits d’exploration Kafra Sud-Est par l’Enafor dans le périmètre de Kafra, entamé récemment, marque une étape concrète dans le développement de son implantation au Niger.
Ce troisième puits d’exploration — après deux découvertes d’huile estimées à plus de 200 millions de barils de pétrole suite au forage de deux puits, KFN 1 en 2018 et KFN 2 en 2019 — doit préciser l’étendue des réservoirs de pétrole découverts. Il sera suivi du forage d’un quatrième puits, comme le stipule le contrat de partage de production signé en 2022 entre Sonatrach et l’entreprise nigérienne Sonidep.
Ces forages de puits d’exploration doivent confirmer le potentiel de ce gisement, déterminer les réserves de ce champ récupérables et commercialement exploitables.
Le gisement de Kafra, une très belle opportunité
Si ces étapes sont franchies avec succès, le gisement de Kafra va consolider les réserves nigériennes de pétrole et contribuer à faire de ce pays un jeune acteur sur la scène pétrolière mondiale. Il va contribuer ainsi à son développement économique.
Pour l’Algérie, ce gisement, s’il tient ses promesses, accroîtra ses revenus pétroliers et s’affichera comme le signe de la valorisation par les Africains de leurs propres ressources, ainsi que comme un autre pas vers l’intégration économique de l’Afrique. Dans ce scénario positif, Kafra sera la plus importante implantation de Sonatrach dans l’amont pétrolier.
Mais les retombées positives sur le plan financier de cette implantation dans ce pays ne seront visibles rapidement que si, nous semble-t-il, on adopte le modèle Fast Track pratiqué par la compagnie italienne Eni dans les gisements de Zemlet El Arbi, Ourhoud II et Sif Fatima 2 dans le bassin de Berkine, au sud-est algérien.
À partir de découvertes de Sonatrach dans ces blocs, ce modèle a permis en deux ans la mise en service de gisements de gaz humide et de pétrole dans ces périmètres. C’est ce qu’Alnaft envisage de tenter avec la proposition de périmètres dans le Bid round 2026, ayant des découvertes déjà réalisées par Sonatrach immédiatement exploitables, selon le ministre chargé des hydrocarbures, Mohamed Arkab.
L’expérience libyenne est à méditer
Bien que Sonatrach ait réalisé trois découvertes entre 2009 et 2014 dans ses deux blocs situés dans le bassin de Ghadamès (Libye), dont un gisement de pétrole qui pourrait produire 20.000 barils/jour selon un ancien responsable de Sipex, ces découvertes n’ont pas été développées jusqu’ici en raison de l’arrêt de ses activités pendant dix ans, en bref, à partir de 2014.
Le contexte politique en Libye n’a donc pas favorisé le développement du projet. Depuis la reprise de ses activités en 2025, Sonatrach a réalisé deux autres découvertes : l’une de pétrole en 2025, l’autre de gaz en 2026. Elle a réalisé six puits d’exploration sur huit puits programmés dans le contrat de partage signé en 2008.
L’exemple d’efficacité dans les implantations nous vient du Pérou, où les intérêts de Sonatrach dans le gisement de gaz de Camisea (10%) et la société de transport de gaz et de liquides péruvienne TGP (21%) ont permis à Sonatrach, pendant des années, de réaliser des entrées en devises estimées à des centaines de millions de dollars par an.
Plus récemment, la raffinerie d’Augusta en Italie, achetée par Sonatrach à ExxonMobil, a permis à Sonatrach de réaliser un gain de 1 milliard de dollars en 2022, selon un responsable de Sonatrach, sur un chiffre d’affaires de 7 milliards de dollars.
C’est également en Italie que se situent les bureaux de Sonatrach ayant pour mission de commercialiser l’hélium algérien vers le marché international. Cette activité rapporte à Sonatrach 50 millions de dollars par an.
La compagnie pétrolière nationale détient, en outre, des intérêts dans le gazoduc Enrico Mattei reliant l’Algérie à l’Italie via la Tunisie, le plus important corridor de transport du gaz naturel algérien vers l’Union européenne.
Quant à l’Espagne, les intérêts de Sonatrach dans ce pays sont stratégiques. Elle détient 4% du capital du groupe espagnol Naturgy et dispose d’une société de commercialisation du gaz algérien en Espagne, transporté par le gazoduc reliant directement l’Algérie à l’Espagne, à savoir le Medgaz. Sonatrach détient également 51% des actions de la société qui exploite ce gazoduc, et Naturgy 49%.
Les dividendes tirés uniquement du Medgaz se sont chiffrés à 72 millions d’euros. Ce qui est moins médiatisé, c’est l’association de Sonatrach avec l’allemand BASF dans l’usine de production de propylène à Tarragone. Sonatrach, outre ses actifs dans cette joint-venture, approvisionne cette installation industrielle en propane, matière première utilisée par cette usine.
Un portefeuille d’actifs qui rapporte
C’est le même principe qui a été employé quand il s’est agi pour Sonatrach de réaliser une usine de polypropylène à Ceyhan en Turquie, en partenariat avec la société turque Ronesans. En plus des actions dans cette joint-venture (34%), Sonatrach doit approvisionner cette usine avec un volume de 550.000 tonnes de propane algérien par an.
En somme, ce portefeuille d’actifs constitué au fil des ans par Sonatrach dans ces différents pays invite à considérer davantage les implantations qui procurent des revenus importants ou un effet positif rapide sur les recettes de la compagnie.
D’autant que la tendance chez les grandes compagnies étrangères dans l’exploration-production d’hydrocarbures se résume à éviter d’investir dans des zones risquées, sans infrastructures de transport et de traitement d’hydrocarbures à proximité.
Les projets ou les travaux qui, de la phase d’exploration à la mise en service, durent dix ans et plus sont moins retenus. Elles privilégient plutôt des périmètres moins risqués ayant déjà enregistré des découvertes. La durée de développement de ces découvertes est ainsi raccourcie : deux à trois ans.
K. R.





























