Le 6 août 2012, à Londres, le nom de Taoufik Makhloufi disparaît des tableaux d'affichage olympiques. Disqualifié, exclu de toute la compétition. Vingt-quatre heures plus tard, il monte sur la plus haute marche du podium du 1 500 m, médaille d'or autour du cou. Entre les deux, une bataille administrative, un certificat médical et l'un des retournements de situation les plus spectaculaires de l'histoire du sport algérien. Comment un athlète jeté hors des Jeux a-t-il pu, le lendemain, devenir le premier Algérien depuis Noureddine Morceli à conquérir l'or olympique ? L'histoire de Taoufik Makhloufi répond à cette question — et elle en dit long sur le mental d'un champion.
Avec un total de trois médailles olympiques (1 or, 2 argent), Makhloufi devance tous les autres athlètes algériens en nombre de médailles individuelles obtenues sur les Jeux Olympiques d'été.
Qui est Taoufik Makhloufi ?
Né le 29 avril 1988 à Souk Ahras, Taoufik Makhloufi (توفيق مخلوفي) est un spécialiste algérien du demi-fond, licencié au club GS Pétroliers. Mesurant 1,76 m pour 70 kg, il évolue sur 800 m et 1 500 m, avec une capacité rare à performer sur les deux distances lors d'une même compétition.Quelques repères :
- Entraîné par Jama Aden entre 2012 et 2014, puis par Philippe Dupont à partir de 2015
- Record personnel sur 1 500 m : 3 min 28 s 75, réalisé à Monaco le 17 juillet 2015 — 7ᵉ meilleur temps de tous les temps sur cette distance
- Record personnel sur 800 m : 1 min 42 s 61 (2016)
- Détenteur du record d'Algérie du 1 000 m en 2 min 13 s 08
L'incident de Londres 2012 : disqualifié pour "manque d'effort"
Le week-end du 5 août 2012, Makhloufi impressionne tout le monde. Il remporte sa demi-finale du 1 500 m en dominant nettement le champion olympique et du monde en titre, le Kényan Asbel Kiprop. Sa qualification pour la finale est acquise. Problème : la fédération algérienne n'a pas retiré son nom des séries du 800 m dans les délais impartis. Makhloufi se retrouve donc contraint de courir cette épreuve le lundi matin, alors qu'il souhaitait économiser ses forces pour le 1 500 m du lendemain. Sur la piste, la scène est étrange : Makhloufi prend le départ, puis ralentit brutalement, décroche du peloton et abandonne après une centaine de mètres, traversant le terrain en marchant. La Fédération internationale d'athlétisme (IAAF) juge alors qu'il n'a pas fourni d'effort de bonne foi et décide de l'exclure de toute participation aux épreuves restantes de la compétition. La sanction est sévère : c'est une exclusion pure et simple des Jeux, y compris de la finale du 1 500 m pour laquelle il s'était pourtant brillamment qualifié.Le rebondissement : un genou blessé et un certificat médical
La délégation algérienne réagit immédiatement. L'IAAF précise que Makhloufi peut être réintégré s'il produit un certificat médical, délivré par un médecin indépendant, justifiant son abandon. Le chef de la délégation algérienne, Mohamed Azzoug, explique alors que l'athlète souffre d'une blessure au genou et qu'il a été conduit au centre médical du village olympique pour un examen. Le certificat est fourni. Quelques heures plus tard, coup de théâtre : les organisateurs des Jeux confirment officiellement que la disqualification a été révoquée après examen des preuves médicales fournies par un médecin des Jeux, et que Makhloufi peut donc courir la finale.Le sacre du 1 500 m : une "guérison miraculeuse"
Le mardi 7 août 2012, un jour après avoir été présenté comme incapable de courir 150 mètres, Taoufik Makhloufi s'aligne au départ de la finale olympique du 1 500 m. Le journaliste de l'agence Reuters ne manquera pas d'ironiser sur "une guérison miraculeuse" tant l'Algérien attaque en tête dès la cloche et s'échappe du peloton avec un dernier tour dévastateur pour l'emporter en 3 min 34 s 08. L'Américain Leonel Manzano prend l'argent, devant le Marocain Abdalaati Iguider. Asbel Kiprop, tenant du titre, termine dernier. Ce jour-là, Makhloufi devient champion olympique du 1 500 m — le sommet absolu de sa carrière, et l'un des exploits les plus commentés des Jeux de Londres.Le palmarès olympique de Makhloufi
| Édition | Épreuve | Médaille |
| Londres 2012 | 1 500 m | Or |
| Rio de Janeiro 2016 | 800 m | Argent |
| Rio de Janeiro 2016 | 1 500 m | Argent |
Après Londres : la confirmation à Rio 2016
Quatre ans plus tard, à Rio de Janeiro, Makhloufi prouve qu'il n'est pas un champion d'un seul été. Il réalise l'exploit rare de monter sur le podium des deux épreuves de demi-fond dans la même olympiade : argent sur 800 m et argent sur 1 500 m. Mohamed Bahari biographie parcours et palmarès en boxe Cette double performance confirme sa polyvalence, déjà entrevue en 2011 lors des Jeux Africains de Maputo, où il avait décroché l'or sur 800 m et le bronze sur 1 500 m au cours de la même compétition.Le reste du palmarès : Afrique et Mondiaux
Au-delà des Jeux Olympiques, Taoufik Makhloufi a accumulé un palmarès dense sur le continent africain et à l'échelle mondiale :- Championnats du monde 2019 (Doha) : médaille d'argent sur 1 500 m — une performance qui illustre sa capacité à revenir au sommet mondial après plusieurs années de blessures et de doutes
- Jeux Africains 2011 (Maputo) : or sur 800 m, bronze sur 1 500 m
- Jeux Africains 2015 (Brazzaville) : argent sur 800 m
- Championnats d'Afrique 2012 (Porto-Novo) : or sur 800 m
- Championnats d'Afrique 2014 (Marrakech) : bronze sur 800 m
- Une victoire en finale de la Diamond League
Pourquoi Makhloufi est-il considéré comme le meilleur Algérien depuis Morceli ?
Trois raisons reviennent systématiquement dans les analyses des observateurs de l'athlétisme algérien :-
- Le titre olympique lui-même : décrocher l'or à Londres 2012 dans une épreuve reine du demi-fond mondial, face à des Kényans et Éthiopiens surdominants sur la distance, reste un exploit rarissime pour un athlète nord-africain.
- La polyvalence 800 m / 1 500 m : rares sont les coureurs capables de viser des médailles sur les deux distances lors d'une même compétition. Makhloufi l'a fait à Maputo en 2011 et à Rio en 2016.
- La capacité à revenir au sommet : après des années marquées par les blessures, sa médaille mondiale de Doha en 2019 — sept ans après son sacre olympique — a surpris jusqu'aux spécialistes les plus sceptiques.































