Le rapport sur le marché de l’énergie en Algérie, publié par le cabinet d’études Mordor Intelligence, dresse un panorama détaillé du secteur électrique national sur la période 2021-2031.
Selon le rapport, mis à jour le 27 octobre dernier, la capacité installée s’établissait à 30,49 gigawatts en 2025, année de base de l’étude. Elle devrait atteindre 32,68 GW en 2026, puis 46,22 GW en 2031, ce qui correspond à un taux de croissance annuel composé (TCAC) de 7,18 % sur la période de prévision 2026-2031.
Le document précise que ces chiffres reposent sur le cadre d’estimation propriétaire du cabinet, mis à jour avec les données les plus récentes disponibles en 2026. Le marché y est défini comme la capacité de production installée en Algérie, mesurée en gigawatts, à l’exclusion de l’amont pétrolier et gazier et de la valeur de facturation au détail.
Mordor Intelligence explique par ailleurs ne comptabiliser un projet que lorsque sa mise en service est étayée, plutôt que d’intégrer d’emblée l’ensemble du pipeline annoncé. Cette prudence, souligne le rapport, explique une partie des écarts avec d’autres estimations publiées.
Les moteurs de cette expansion sont multiples. Le rapport Mordor Intelligence met en avant la croissance rapide de la demande d’électricité, portée par une population de 45,9 millions d’habitants et par l’industrialisation. La production a atteint 95 TWh en 2024, tandis que la demande de pointe a grimpé à 19,1 GW en juillet 2024.
S’y ajoutent l’objectif gouvernemental de 15 GW d’énergies renouvelables à l’horizon 2030, l’abondance des réserves de gaz naturel, évaluées à 159 Tcf, le plan directeur d’expansion du réseau 2024-2030 et les projets d’hydrogène vert.
Selon le rapport, c’est l’objectif de 15 GW qui pèse le plus lourd, avec un impact estimé à environ 3,2 points sur le TCAC prévisionnel.
Le thermique reste dominant, les renouvelables accélèrent
La photographie actuelle du parc reste sans équivoque. D’après le rapport, la production thermique représentait 97,12 % de la capacité installée en 2025, soit 29,61 GW, portée par des centrales à cycle combiné et à cycle ouvert alimentées au gaz.
Le nucléaire demeure absent du mix, tandis que le faible potentiel hydroélectrique limite les options de production de base sans carbone, relève le document. La dépendance au gaz devrait donc persister tant que le coût des batteries n’aura pas baissé.
Mais la dynamique se joue ailleurs. Mordor Intelligence prévoit que les énergies renouvelables constitueront le segment à la croissance la plus rapide, avec un TCAC de 45,6 % jusqu’en 2031, la majorité des ajouts nets leur revenant.
Le photovoltaïque domine ces perspectives : le rapport fait état de 6,2 GW de capacité solaire déjà en file d’attente, soit 40 % de l’objectif de 2030. Il rappelle que les appels d’offres ont attribué 3 GW en mars 2024, puis lancé 3,2 GW supplémentaires en mars 2025, ce second tour étant réparti entre 12 provinces afin de limiter la congestion du réseau de transport.
Selon le rapport, des entreprises chinoises ont remporté environ 60 % de la première tranche, à des prix compris entre 0,54 et 0,81 euro par watt.
Le gaz n’en perd pas pour autant son rôle. Selon le rapport, les centrales à gaz demeurent le « pilier de fiabilité » du système et équilibrent la variabilité du solaire lors des rampes du soir. Le projet de compression de Hassi R’Mel, d’un montant de 2,3 milliards de dollars, sécurise l’approvisionnement en combustible, tandis que des unités flexibles remplaceront progressivement des turbines à vapeur peu efficaces.
Le document cite aussi la centrale solaire de Tindouf, d’une capacité de 200 MW, dotée de la première batterie de stockage à l’échelle d’un service public du pays et destinée au complexe minier de Gara Djebilet, comme exemple de configuration hybride.
Financement, réseau et autoproduction : les défis de la transition
Le rapport Mordor Intelligence identifie plusieurs freins. Le premier est financier : les contraintes de financement et le coût élevé des investissements pèseraient d’environ 1,6 point sur le TCAC prévisionnel. Le document cite le nouvel appel d’offres de janvier 2025, portant sur 520 MW à Kenadsa, Touggourt et Tamacine, rendu nécessaire par l’échec d’un consortium à obtenir un financement par emprunt.
Selon le rapport, l’insuffisance des garanties offertes aux acheteurs d’électricité décourage les banques commerciales, de sorte que les crédits à l’exportation chinois et les prêts concessionnels multilatéraux demeurent les principales sources de financement.
Le second obstacle tient à la flexibilité du réseau, conçu pour une répartition thermique centralisée. Selon le rapport, les surplus solaires de milieu de journée risquent d’entraîner un écrêtement en l’absence de stockage à grande échelle, d’autant que le tour solaire de 3,2 GW de 2025 n’impose pas de stockage colocalisé. Le document relève aussi que l’Algérie n’a pas encore créé de marché de services auxiliaires.
Pour y répondre, le plan directeur de Sonelgaz prévoit d’ajouter 30 000 km de lignes haute tension et plus de 300 postes de transformation d’ici 2030, tandis que la coentreprise GE-Sonelgaz GEAT doit fabriquer localement 134 postes d’ici 2028. Le rapport évalue l’ensemble du programme d’extension du réseau entre 10 et 15 milliards de dollars.
Côté utilisateurs finaux, le rapport indique que les services publics détenaient 63,15 % de la capacité installée en 2025, soit 19 254 MW. Le segment commercial et industriel, lui, devrait progresser de 9,34 % par an jusqu’en 2031, tiré par l’autoproduction solaire face aux coupures estivales.
Les tarifs subventionnés, d’environ 0,03 dollar le kWh contre un coût de production de 0,08 à 0,10 dollar, rendent l’investissement sur site attractif, mais alourdissent le déficit de subventions de Sonelgaz, qui dépasse 8 milliards de dollars par an, précise le rapport.
Sur le plan concurrentiel, le rapport décrit un marché « très concentré », où Sonelgaz exerce le contrôle opérationnel tout en s’associant de plus en plus à des fournisseurs d’équipements et à des développeurs étrangers.
General Electric, Eni, Condor Electronics, SOLIWIND Algérie et Algerian Energy Company figurent parmi les principaux acteurs cités par Mordor Intelligence. Les derniers appels d’offres photovoltaïques ont par ailleurs suscité 41 manifestations d’intérêt, signe, selon le document, d’une intensité concurrentielle croissante.
Au total, le rapport Mordor Intelligence esquisse une transition mesurée : le gaz demeure le socle du système, le solaire en devient le principal moteur de croissance, et la capacité du réseau comme celle du financement à suivre le rythme conditionneront l’atteinte des 46,22 GW attendus en 2031.
S. I.
Ce que le rapport dit
Au-delà des chiffres de capacité, le rapport Mordor Intelligence aborde d’autres volets. Sur le plan réglementaire, il rappelle que le secteur est encadré par la Commission de régulation de l’électricité et du gaz CREG, créée par la loi 02-01 de 2002, que le transport relève du monopole de GRTE et que la loi sur l’investissement 22-18 de juillet 2022 élargit les conditions d’entrée des investisseurs.
Le rapport consacre aussi une place à l’hydrogène vert : Tamanrasset et Adrar abritent des zones pilotes visant 30 à 40 TWh par an d’ici 2040, avec le défi de l’eau, tandis que le développeur italien Zhero a levé 60 millions d’euros en avril 2024. Il évoque le dessalement, dont les stations de 300 000 m³ par jour visent un approvisionnement solaire à 30 %, soit une opportunité de 600 MW d’ici 2030.
Côté interconnexions, il cite les études de faisabilité du câble sous-marin Medlink de 2 GW vers la Tunisie et l’Italie. Il mentionne enfin les centrales à cycle combiné de Tébessa 1 406 MW et de Mostaganem 1 266 MW, et deux événements récents : la livraison par Sineng Electric d’onduleurs pour 154 MW à Béni Ounif et Aïn Baïda en juillet 2026, et le contrat de partage de production de 1,35 milliard de dollars signé en juillet 2025 entre Sonatrach et Eni.
S. I.

























