Lors de la dernière réunion statutaire mensuelle du bureau fédéral de la Fédération algérienne de football, il a été question d’un ‘’nouveau’’ projet de développement basé sur trois initiatives majeures. Décryptage de la dernière trouvaille de la Direction technique national (DTN) après plus de trois ans d’inanité gestationnelle.
Le bureau fédéral de la fédération algérienne de football a tenu, jeudi, sa réunion statutaire mensuelle du mois d’octobre avec un ordre du jour pratiquement classique, mis à part un point relatif au développement de la discipline où le président a annoncé le lancement de nouvelles initiatives appelées ‘’à renforcer la dynamique engagée par la fédération et à ouvrir de nouvelles perspectives pour l’avenir du football algérien’’.
Evidemment, le texte et les mots choisis pour narrer cette ‘’nouvelle ambition’’ est assez pompeux comme d’habitude, surtout lorsqu’il rappelle les mêmes thèmes-clés tels que la formation, la détection des talents, l’amélioration de l’encadrement technique et le renforcement des structures (lesquelles ?).
Pour éviter tout discours amphigourique, le bureau fédéral se justifie par cette ambition de ‘’bâtir un projet de développement cohérent, durable et inclusif’’ en rappelant que les dernières années, c’est-à-dire de septembre 2023 à ce jour, étaient consacrées à l’organisation et au suivi des compétitions des jeunes catégories.
Or, dans le programme initial du président, les mêmes thèmes tenaient une place prioritaire dès l’entame du mandat. Pourquoi alors en parler trois ans après, si ce n’est pour reconnaître que rien n’a été fait sur un plan purement fondamental. Et pour preuve, la formation n’a toujours pas pris sa réelle place dans la stratégie de la fédération.
Mais qu’en est-il de ces trois initiatives majeures que compte lancer l’instance fédérale à partir de janvier 2027 ?
Des sélections zonales, pour quel objectif réel ?
La première, sujet de notre réflexion, c’est ce ‘’programme national de promotion et de développement des jeunes catégories’’ qui, selon ses concepteurs, reposera sur un système national de détection des talents et la création de quatre sélections zonales U-15. L’objectif étant ‘’d’identifier des joueurs à fort potentiel, d’assurer leur suivi technique et de leur offrir un parcours de progression structuré, en renforçant la coordination entre les ligues, les structures techniques régionales et la DTN’’.
Identifier des talents, c’est bien et c’est un travail qui est censé être fait au quotidien par les démembrements techniques de la DTN auquel on peut rajouter celui des clubs et autres associations (académies, centres, écoles).
Assurer le suivi technique, c’est également une mission à la limite régalienne de la DTN et de ses structures sous-jacentes. Ce qui signifie que la seule nouveauté ou travaille, réside dans la création de ‘’sélections zonales U-15’’.
Sauf que le fond du problème demeure inchangé à savoir : d’où viendront ses jeunes talents ? De quelle(s) structure(s) dédiée(s) spécialement et/ou exclusivement à la formation de base ? La DTN et la FAF n’en disent pas un mot, car ces structures n’existent tout simplement pas selon les standards admis ailleurs.
Si l’Espagne, par exemple, est championne du Monde chez les A (en 2026), chez les féminines (2023) et chez les U-15 (en ce mois d’octobre 2026), ce n’est pas un hasard, mais le fruit d’un travail qui a concerné toute la chaine des valeurs, de la base au sommet. Et, les jeunes U-15 sacrés vendredi en Azerbaïdjan, lors de la 1e édition de la Coupe du Monde et Festival de la FIFA, sont issus des centres de formation des clubs, comme le Real Madrid, le FC Barcelone ou le Real Bétis, pour ne citer que ceux-là.
C’est ce maillon qui manque au football algérien, à savoir les centres de formation au niveau des clubs ou à un niveau fédéral, comme c’est le cas pour l’Argentine (championne du monde 20222 et vice-championne du monde 2026) dont la fédération a structuré un réseau mondial d’académies à travers son programme AFA Internacional et les instituts technologiques (AFA-FTI).
En définitive, la création de sélections zonales, en plus des sélections régionales qui finissaient par alimenter les sélections nationales des jeunes catégories, n’est qu’un palier supplémentaire d’une détection-sélection, et non pas une valeur-ajoutée issue d’une formation académique. Un concept apparemment banni par la fédération et sa DTN.
Le football féminin et le Futsal : quel développement sans la formation ?
La seconde initiative concernera le développement du football féminin, visant à ‘’améliorer l’encadrement des jeunes joueuses, les conditions de pratique et la continuité des compétitions’’. Il s’agira concrètement, selon le bureau fédéral, d’un soutien aux structures concernées (lesquelles précisément ?), ‘’à la prise en charge des techniciens des jeunes catégories féminines ainsi que l’appui financier pour l’organisation des compétitions et la prise en charge de l’arbitrage’’.
Là également, point de formation de base ni d’une massification de la pratique, notamment en milieu scolaire et universitaire pour augmenter le nombre de joueuses à tous les niveaux et permettre l’émergence de jeunes talents.
Les mêmes analyse et constat sont valables pour la troisième initiative relative à ‘’la promotion du futsal, avec la création d’un tournoi national U20.’’ Une compétition qui offrirait de nouvelles possibilités de pratique aux jeunes joueurs et contribuerait au développement de leurs qualités techniques, ‘’tout en diversifiant les parcours de progression au sein du football national.’’ Et, toujours pas de mot ‘’formation’’ de base pour booster quantitativement et qualitativement cette discipline qu’est le Futsal.
Pourtant, la FAF avait exhorté les clubs de la Ligue 1 professionnelle à lancer obligatoirement leurs propres académies (U-9, U-11 et U-13), sans informer sur la mise en œuvre effective de cette mesure sur le terrain, et à disposer de 5 licences réservées aux joueurs nés en 2005 (lors de la saison de lancement) ainsi qu’un minimum de 450 minutes de temps de jeu pour les joueurs nés en 2006-2007.
A en croire le bureau fédéral, ces trois initiatives traduisent ‘’sa volonté de passer d’une dynamique encourageante à une politique de développement plus structurée, ambitieuse et orientée vers les résultats, qui seront progressivement complétées par d’autres actions concrètes.’’
Ce que désigne la FAF de projet d’envergure, ne peut se construire dans l’urgence ni reposer sur des mesures isolées, a rappelé le BF exigeant de la continuité, de la stabilité, de la rigueur dans la gestion, de la responsabilisation et la moralisation de l’environnement footballistique. Oubliant le fondement de base : la formation académique et structurante par de véritables compétences et dans des structures spécialisées. Sans cela tout engagement et toute coordination des efforts seront presque vaines.
























