Si l’histoire du retrait des deux pandas présents au Japon et leur retour en janvier dernier en Chine peut sembler anecdotique, elle est très révélatrice des tensions accrues, et non résolues pour le moment, entre le Tokyo et Pékin. Or, la situation plutôt que de s’apaiser, semble depuis de début de l’année continuer à s’intensifier avec une nouvelle escalade entre les deux puissances sud-asiatiques. En effet, un navire chinois a procédé à un exercice de tir réel dans la zone économique exclusive du Japon lors d’un entraînement conjoint avec la Russie, a rapporté, hier, le ministère de la Défense nippon. Cet incident, survenu dimanche, marque la première fois que le ministère repère un exercice de tir réel de la Chine dans la zone économique exclusive (ZEE) du Japon et en fait état, ont indiqué les médias japonais. À l’issue de cet exercice, le Japon a contacté Pékin par la voie diplomatique pour lui faire savoir que cet exercice «aurait pu mettre en danger la navigation des navires se trouvant à proximité», a déclaré hier Minoru Kihara, porte-parole en chef du gouvernement japonais, lors d’un point presse. Le destroyer lance-missiles chinois de classe Luyang III a été aperçu en train de réaliser cette manœuvre à 180 kilomètres au sud-ouest de l’île d’Okinotori, le territoire le plus méridional du Japon. Vers 02h00 du matin le même jour, Tokyo avait observé une flotte de quatre navires, trois navires chinois et une frégate de la marine russe, à 330 kilomètres au sud-ouest de l’île, alors qu’ils se dirigeaient vers le nord-est. Lorsque l’exercice de tir réel a débuté, la frégate russe se trouvait également à proximité, a indiqué la chaîne publique NHK. Ce dernier exercice de tir réel a incité Tokyo à mobiliser ses propres navires et avions de guerre pour surveiller et suivre la situation, a déclaré Minoru Kihara. «Nous continuerons à surveiller avec inquiétude les agissements des navires chinois et russes dans les eaux entourant notre pays», a-t-il ajouté. Au début du mois, des navires des garde-côtes japonais et chinois se sont affrontés près d’îles contestées, chacune des parties affirmant avoir repoussé les navires de l’autre qui avaient pénétré dans ses eaux territoriales. Les tensions sino-japonaises se sont aggravées après que la Première ministre nippone, Sanae Takaichi, a suggéré en novembre dernier que Tokyo pourrait intervenir militairement si la Chine attaquait Taïwan, île dont Pékin revendique la souveraineté. Pékin a condamné ces propos et, depuis, exhorté ses citoyens à éviter de se rendre au Japon, tout en renforçant les restrictions commerciales visant certaines entreprises japonaises. Le Japon en voulant étendre son influence dans la région en soutenant publiquement Taiwan a fini par créer un incident diplomatique dont les effets continuent à peser sur le pays, qui a des relations difficiles avec la Chine depuis des décennies, mais qui a pu compter depuis 2018 sur un solide partenariat commercial dont bénéficient grandement les deux nations asiatiques. Reste à voir quelles conséquences ces remous auront sur les relations bilatérales et surtout si Tokyo, tout comme Pékin, est prêt à sacrifier une partie conséquente de ses apports économiques pour continuer à alimenter cette nouvelle querelle entre les deux puissances, qui ont pourtant tant à gagner en coopérant.
F. M.




























